M.A.M.A.E. & autres textes

Nadège Prugnard

[En librairie le 14 octobre, disponible dès maintenant sur ce site]

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Oui ce soir il y a urgence à crever à tacher de sang une page de l’histoire pour dire que notre métier nous offre trop souvent des rôles insipides aseptisés jouissances passagères orgasmes pourris vies de merdes total off urgence à dire que nous ne sommes plus rien nous sommes aujourd’hui étripées défenestrées décharnées souillées prostituées vendues comme des sacs pleurant sur le ventre mou de l’ennemi étatique qui se cache derrière des bouteilles vides.

À la croisée du théâtre, de la performance et de la poésie – sans jamais s’arranger du confort d’un genre – Nadège Prugnard rend audible les paroles suffoquées – car selon d’où on vient et ce qu’on a vécu, raconter est difficile, et être entendu encore plus malaisé. Avec M.A.M.A.E., des femmes s’explosent en public, renvoyant aux lecteur-e-s / spectateur-e-s toute la violence accumulée, que ce soit dans la vie ou au théâtre ; Monoï, « Indescriptible Notre-Dame des outrages », rappelle que l’intime aussi est politique, dans un récitatif débridé et volcanique qui met à mal tous les poncifs se rapportant au désir, à la sexualité et à la jouissance féminine pour s’imposer, enfin, pulsion de vie ; Putain de campagne ! raconte, à travers leurs propres paroles, les doutes, rancœurs, colères, espoirs et désirs des habitant-e-s des campagnes ; Suzanne takes your Down, écrit à partir de témoignages, relate la résistance en Auvergne avec, comme compagnonne, le fantôme de Suzanne, actrice-résistante fusillée sur scène en novembre 1943 à Vichy ; Women 68 même pas mort nous fait entendre un autre témoignage : celui de femmes clermontoises nous racontant mai 68 et décidant, 50 ans plus tard et malgré leurs âge, de reprendre la rue. Quant à Alcool, un petit coin de paradis, monologue d’une intimité à-vif, tout est dans le titre.

Je veux ébranler les certitudes et nos identités stables je suis le visage black l’ombre noire qui exhibe jusqu’à l’extrême limite notre réel décharné […] pour dire nos propres vides je veux exposer au cœur-même du réel ce vide qui n’a plus la parole tout ce qu’on cherche à cacher ce dont on ne peut parler je veux le dire je veux l’appel à l’autre y’a quelqu’un ?

 

15 x 21 cm / 264 pages / 20€

Isbn : 978-2-84761-714-6

La poésie motléculaire de Jacques Sivan

Textes de 1983 à 2016

[En librairie le 14 octobre, disponible dès maintenant sur ce site]

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J’écris dans la lignée du « corps sans organes », du corps glossolalique d’Antonin Artaud et surtout de Raymond  Roussel. Je réfléchis non pas à un corps clos aux contours bien définis et aux fonctions hiérarchisées (âme, raison, organes), tel que nous l’a transmis la tradition humaniste, mais à la multiplicité de corps poreux, ouverts, instables ; de corps motléculaires d’autant plus énergétiques que l’on facilite leur permanente interaction. Grappes ou blocs de cellules vocales, aux colorations variables, qui se prononcent selon un dispositif qui tente d’instrumentaliser le hasard plutôt que de l’éliminer. 

le chantier poétique de Jacques Sivan (1955-2016) est certainement l’un des plus passionnant qu’il nous est donné d’explorer. Inventeur d’une écriture motléculaire (une écriture désaffublée des conventions et des codes contre lesquels l’auteur nous invite à résister), Jacques Sivan réinvente une langue qui reflète la complexité plurielle du monde tout en témoignant de son rapport au monde, de son expérience de vivre. Ici la poésie est pensée en action.

Je vis mon écriture comme une façon de voir et, inversement, l’action de voir comme mon mode d’écriture le plus intime, le plus vrai. On ne voit pas seulement avec les yeux mais avec tous les sens et aussi, dans tous les sens. Le corps est donc un dispositif sensitif complexe en perpétuelle mutation. Voir/écrire est un acte indissociable, dans la mesure où l’écriture est toujours un processus de réécriture, un processus d’ajustage des continuels écarts des/du sens.

Cette ouvrage, qui continue autrement ce chantier, donne à lire un important choix de textes écrits entre 1983 et 2016, sorte de bibliothèque portative qui permet d’appréhender toute la singularité de cette œuvre. En ouverture, les préfaces de Vannina Maestri, Jennifer K. Dick, Jean-Michel Espitallier, Emmanuèle Jawad, Luigi Magno et Gaëlle Théval nous offrent quelques pistes de lecture pour mieux aborder cette poésie hors du commun, notamment en pointant les liens affirmés entre cet univers poétique et ceux d’ainés tels que Denis Roche, Raymond Roussel, Charles Olson, Maurice Roche ou Marcel Duchamp…

15 x 21 cm / 456 pages / 30€

Isbn : 978-2-84761-715-3