une anthologie poétique

Raoul Haussman

Précédé d’un essai de Isabelle Maunet-Salliet : RH L’optophonétiste
Première anthologie commentée de la poésie de Raoul Hausmann,
l’un des créateurs du mouvement Dada/Berlin.
Abondamment illustré (de nombreux documents inédits…),
Cet ouvrage ouvre sur un essai d’isabelle Maunet-Salliet permettant de mieux situer celui qui se nommait lui-même le Dadasophe.
Offert avec le livre : un cd comprenant l’enregistrement de poèmes phonétiques lus par Raoul Hausman lui-même.

Sound-rel (1919, enregistré le 13 mai 1959 – 4’18 »)

Plus d’un an après la grande rétrospective Dada à Beaubourg, il paraît indispensable de regarder de près l’œuvre de Raoul Hausmann, essentiellement connu pour avoir co-fondé en 1918 le groupe dadaïste berlinois. Ce n’est pas seulement parce que l’importante œuvre de ce créateur rebelle fascinant et combatif est mal connue, malgré quelques expositions et publications qui ont contribué à en montrer les différents aspects. C’est surtout parce que nulle autre œuvre ne s’adresse avec autant d’intensité à notre temps, à ses aspirations et à ses utopies. Raoul Hausmann, qui est né à Vienne en 1886 et mort à Limoges en 1971, a partagé pleinement l’aventure des avant-gardes du XXe siècle.Son œuvre assume la logique contradictoire d’une très grande diversité et d’une recherche expérimentale permanente. En vérité, peu d’œuvres sont aussi multiples dans leur forme, leur modalité, leur matériau. Cet artiste aussi exigeant qu’inventif a emprunté avec énergie la voie de recherches multiples dans les domaines de la peinture, du dessin, de la gravure, de la poésie, de la danse, de la performance, du collage, du photomontage, de la photographie, du photogramme, de la littérature, de l’histoire. En s’appliquant à décloisonner et à confondre les genres dont Nietzsche déplorait déjà la séparation abstraite et académique, en s’évertuant à associer dynamiquement vue et ouïe, œil et voix, lumière et son, en réanimant le corps et en découvrant la matérialité qui le compose, en faisant voler « en éclats les frontières de l’individuation » conformément au conseil de Nietzsche, en prenant le risque d’une pensée se dérobant à toute détermination, il a découvert et exploré des matériaux nouveaux et des procédures créatrices inédites. Ainsi, cet inventeur du photomontage et du poème « optophonétique », c’est-à-dire du poème « orienté simultanément optiquement et phonétiquement », a non seulement jeté les bases de la poésie dite, après 1945, concrète, verbi-voco-visuelle, sonore ou élémentaire, mais aussi inventé de nouveaux modes d’inscription du mouvement, du temps et de l’espace, en traduisant rythmiquement dans toute son œuvre « la vie bruissante des forces nues de
l’Univers » (Artaud), en extrayant de l’homme « un monde nouveau qui n’est pas sécurité et tranquillité, mais agitation et
renouvellement » (Hausmann). C’est que Raoul Hausmann est partisan avant tout de l’expérience et que le renouvellement incessant, la métamorphose continuelle qui traversent de part en part ses travaux plastiques et verbaux est à la fois une remise en question des formes et des matériaux du passé, un questionnement sur les tenants de la création, une recherche d’effets inédits, proprement inouïs, un recyclage d’images médiatiques puis de ses propres œuvres, en bref un regard qui ne cesse de dire que le dadaïsme, son dadaïsme, n’est pas tant un mouvement artistique qu’une « situation de vie, une forme de mobilité interne ».

Son œuvre multidirectionnelle et protéiforme aux limites mouvantes, qui évolue entre tekhnê et ars, porte donc la marque de l’expérimental, du multiple et du fragmentaire sans totalisation achevée. Le « dadasophe », comme il se caractérise lui-même, adhère, dès 1918, au principe de l’interaction multiple et illimitée entre les arts qui s’affirment en tant que systèmes formels autonomes obéissant aux lois particulières de leur matériau constitutif. Le brassage entre les genres dits mineurs et majeurs, la suppression des clivages entre art visuel, poésie, musique et danse, la contamination in progress entre l’art et la vie, le chancellement des frontières entre écriture et lecture, diction et écoute, acte et spectacle, sont et resteront toujours, pour Hausmann, l’expression d’un refus de toute forme artistique arrêtée, établie.

L’œuvre hausmannienne est hautement humaniste – elle veut remplir une mission d’ « éducation sensorielle » en restaurant et en élargissant la perception et l’expérience sensible de l’homme – et extrêmement humble, au sens où elle ne développe aucun langage clos sur lui-même, mais une infinité ouverte de forces et de combinaisons changeantes. Le dadasophe n’affirme pas, mais propose, sous une nouvelle lumière, avec de nouveaux sons et de nouveaux gestes, une cartographie audio-visuelle dadaïste où les différentes réalisations écrites, sonores et plastiques ne sont que les variations libres d’un langage en permanent devenir. À lui seul le parcours en zig-zag du dadasophe nous rappelle qu’une œuvre n’existe, comme les forces de vie, qu’en état de remaniement. Le credo de Paul Klee pourrait être celui d’Hausmann: « c’est ce qu’il fait qui lui apprend ce qu’il cherche ». Son œuvre ne se refuse pour autant jamais à être programmatique.

Le caractère fondamentalement instrumental de cette œuvre est encore aujourd’hui un extraordinaire vivier et inventaire d’images, de signes, de sons, de mots, de lettres, de gestes, qui, dans leur entrelacement et leur miroitement mêmes, peuvent être l’objet de méditations pour la génération actuelle de poètes et de plasticiens.

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Sound-rel (1919, enregistré le 13 mai 1959 – 4’18 »)

+ 1 CD / Poèmes phonétiques de Raoul Hausmann
Sortie : octobre 2007
Format : 15x 21 cm
Nombre de pages : 260
Isbn : 978-2-84761-964-5