MANISFESTEN > LE JOURNAL


Al Dante ouvre son journal, blog, cybercarnet,ou journal de bord appelez ça comme vous voulez . Des notes ou articles agglomérés au fil du temps sur ce qui nous fait réagir. Mais ce lieu est surtout la pour vous inviter à y agir, réagir, par vos commentaires, propositions,informations, bref on vous attend pour jouer avec nous ...

ARTICLE > Les poëmes éclaboussés de Julien Blaine (Par Isabelle Maunet)

Le:20 mai 2013 , 04:04

par :

Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut/Voilà la poésie ce matin. (G. Apollinaire)

La poésie date d’aujourd’hui (B. Cendrars)

 

InveceLe spermato zoo

Le numéro 0 de la nouvelle revue de Julien Blaine Invece, titré en italien Il SpermatoZoo, s’ouvre sur la diffusion d’une exhortation à maculer les affiches publicitaires de notre choix, qu’on voit « simplement en ouvrant l’œil (…) au quotidien partout »[1], en y laissant la trace blanche d’« un rond le plus parfait possible » au moyen d’une « bombe acrylique (spray paint) ». La forme embryonnaire bien remplie et pleine « à déborder » de ce rond doit « ruisseller d’abondance » de façon à former de « très gros et très beaux spermatozoïdes ». L’adresse des éditions Al Dante, fournie pour les envois de « témoignages et photos », clôt ce manifeste liminaire « Pour le maculage des affiches publicitaires » qui fait écho au « Manifeste des socles et stèles abandonnés » publié en 1978. Plusieurs séries de réalisations exemplaires de maculages, de décollages & d’expositions d’affiches, produites par Julien Blaine qui écrit avoir « joué perso » pour ce n°0, sont ensuite présentées. À travers les termes de « victoire », d’« invasion », d’« attaque », de « triomphe » qui parsèment la revue, Invece s’annonce comme le fait d’arme d’un poète activiste et nomade qui, fuyant une fois encore le livre et les cimaises des galeries pour y revenir autrement, s’inscrit hic et nunc, comme dans toute performance, au sein d’un large réseau d’actions poétiques & martiales actant, comme les affiches elles-mêmes, des corps, des gestes, des temps et des lieux hétérogènes. Invece nous exhorte à participer à ce combat, autrement dit à lutter contre la grande anesthésie mortifère des sens en nous plaçant du côté de la vie dont les projections séminales sont une métaphore. Aux messages imposés et aux formes marchandes pétrifiées que suscitent les affiches du cirque médiatico-culturel & politique, il s’agirait donc d’apposer –ou de redonner- la vie comme un jaillissement, un « jet de sperme », un mouvement permanent, une « tornade »[2], un flux vital, une énergie, une expérience, une liberté, une résistance, qui exigent corps et conscience. À ce titre, les « spermato zoo », emblématiques à la fois du corps dont ils sont une trace, de la prolifération inépuisable du vivant, de sa force de création & d’animation, sont à intégrer au bestiaire totémique de J. Blaine. D’ailleurs, « les spermatozoïdes du poète font leur cirque » précisément sur des affiches de cirque exposées à la galerie marseillaise Jean-François Meyer en « hommage à leur esthétique typographique et iconographique ». Par l’intermédiaire de ces affiches de cirque, le poète-cham’âne, qui prend tour à tour les traits de Monsieur Loyal, du clown, du saltimbanque, de la carnavalesque & populaire marionnette lyonnaise « guignol », convoque tout un bestiaire et continue non sans humour son dialogue avec les animaux. En regard d’un fait divers concernant la puissance fécondatrice des spermatozoïdes de calmars chauffés – reproduit à la suite de ces affiches –, il rappelle que ses « trois animaux totémiques sont dans l’ordre chronologique : l’éléphant (1962), le poulpe (1972) et l’âne (2002) ».

 

Une revue architecturée

À l’instar des livres de Julien Blaine, ce n°0 d’Invece est rigoureusement architecturé. Il s’ouvre sur le « Manifeste pour le maculage des affiches publicitaires » et se « ferme » sur l’annonce, en guise de postface, d’autres cheminements, d’autres numéros, d’autres batailles & découvertes, notamment de « mondes indiens ». La revue est partagée en deux sections de façon strictement équilibrée : vingt-deux pages pour chacune. La première section a pour titre « La victoire des spermatozoïdes sur Venise » ; la seconde : « La victoire des spermatozoïdes dans le monde il spermato zoo victorieux partout ». Chaque section est constituée de suites de parcours liés aux emplacements et déplacements du poète, aux circonstances extérieures. Tout d’abord Venise où J. Blaine est en résidence à la fondation Emily Harvey en mars 2012. Puis Marseille et plus largement la Provence (son lieu de naissance et de résidence) où, suivant deux actions distinctes –l’une liée à l’actualité politique du mois d’avril 2012, l’autre à un bestiaire poétique- il attaque, d’une part, « les panneaux des candidats à la présidentielle », puis expose, d’autre part, à la galerie JF. Meyer des affiches de cirque maculées. Chacune de ces sections est constituée de séries d’actes qu’il revient au lecteur d’explorer librement. Les pages/titres de ces sections et de leurs séries déploient une grammaire pour l’œil faisant valoir spatialisations, matières et couleurs typographiques. Des adresses au lecteur, intégrées au dispositif d’Invece et réparties à différents points stratégiques de la revue, précisent la nature du projet de ce numéro. Enfin, des hommages à différents poètes, à d’anonymes « arracheurs » et à diverses esthétiques typographiques ponctuent Invece. La revue prend essentiellement pour support des séries thématiques et typo/topo(photo)graphiques d’affiches événementielles publicitaires relevant des domaines de la culture, des loisirs et de la campagne électorale. Julien Blaine n’agit pas pour autant en tenant de l’anti-publicité visant à réformer les pratiques de consommation. Il agit en poète sur « le : « Alors je suis venu et j’ai agi/Tum veni, tum egi ». Ou plus largement, il agit en poète « dans le monde » et sur sa vi/lisibilité[6] par le biais de l’expérimentation des possibles qu’offrent les affiches proposant en tant qu’icono-textes à subvertir une grande diversité de signes. Ainsi, pour réparer « un oubli », le terme même de « poesia » est ajouté en deux minutes le 10 mars 2012 à une liste (« Arte Architettura Cinema Danza Musica Teatro Archivio Storico ») figurant sur une immense affiche rouge vénitienne agrémentée d’un lion ailé ayant plus à voir avec Walt Disney (« art infantile » qu’avec la légendaire & mystérieuse sculpture de la place Saint Marc. Les actes d’ostentation et d’intensification de cette affiche sont détournés au profit de l’art essentiel qu’est la poésie -« surtout au pays de la poesia visiva »- considérée par J. Blaine comme « discipline originelle de toutes ces autres disciplines ». Il contraint ainsi le lecteur, comme il l’a fait avec l’observateur-passant, à arrêter son regard sur le mot « poesia » et à considérer toutes les affiches, également « sabotées » qui précèdent et suivent cette « démonstraction » singulière dans Invece, comme de véritables poèmes visuels.

 

« Un humble sabotage mais positif »

En hommage à ses amis F. Dufrêne, R. Hains et M. Rotella pour qui « le monde de l’affiche est un tableau permanent » (P. Restany), J. Blaine reproduit, dans le premier acte d’Invece, une série photographique de neuf affiches maculées qu’il a soustraites aux ruelles vénitiennes & arrachées à leur flux quotidien pour les scotcher sur les cimaises de la Fondazione Emily Harvey. Les cadrages photographiques & les effets de floutage offrent par le biais d’un nouveau médium une autre version visuelle de l’affiche. L’opération d’emprunt d’affiche fait même l’objet, plus loin dans la revue, d’une double page sur le mode avant/après. Cet emprunt laisse d’ailleurs apparaître sur le mur dénudé de nouveaux signes qui entrent en résonance graphique & plastique avec le résidu d’affiche. L’affiche maculée fait oeuvre poétique en tant qu’elle fait partie d’un processus. Les actions de maculage et de nouvelle implantation des affiches dans le cadre d’une Fondation italienne en mars 2012 et d’une galerie marseillaise entre mars 2012/janvier 2013 ainsi que les transferts photographiques de ces affiches maculées dans le champ d’une revue de poésie publiée par les éditions Al Dante en janvier 2013, incitent à décoder ces affiches, dont la matérialité est hypertrophiée et « l’articité » revitalisée, comme autant de poèmes visuels. En suscitant des réactions interprétatives et une réceptivité élargies et libérées, ces opérations performatives & intermédiatiques entrainent une lisibilité/visibilité autre de l’affiche.

Non assigné à son lieu de résidence mais en partance, J. Blaine nous invite ensuite à accéder en vaporetto aux lieux premiers d’exposition et d’emprunt de ces affiches placardées par panneaux de 4 ou de 6 et photographiées en « vues générales » sur les cimaises de trois ruelles vénitiennes : calle del Forno, Soto Portego de la Scrimia et Rio Tera Primo. À la prolifération des affiches qui saturent, selon des modalités de distribution leur permettant de se conjuguer et de se renforcer, les murs des ruelles de Venise répond la prolifération invasive des spermato zoo qui déclenchent de nouveaux processus de captation. Les affiches reproduites dans le premier acte d’Invece témoignent de la « société du spectacle » artistique présentant pêle-mêle Casanova, le Centro linguistico di Ateneo, Dali, le Yoga, M. Monroe, Goldoni, Vivaldi, African mix, le fitness, Diana Vreeland, Biancaneve, A. Mannarino… Ces « chères et vénérées » affiches sont prises comme cibles d’un « humble sabotage mais positif » selon les mots à valeur oxymorique de Julien Blaine. Le sabotage est humble car le geste répétitif & ritualisé de projection des spermato zoo ne détériore pas l’affiche qui reste « lisible ». Toutefois, l’invasion par réplication des gouttes séminales parasite et subvertit ses messages marchands et instrumentaux en introduisant du jeu dans ses mécanismes implacables, en minant sa totalisation synthétique. L’action est positive au sens où les spermato zoo, qui brillent telles des comètes, des étincelles ou des « étoiles » au ciel des

lettres et des images, transmettent à ces affiches des parcelles d’énergie. L’effet visé par « l’éjaculateur » est donc de recharger et de féconder les affiches, d’activer de nouveaux liens ou étoilements, de nouvelles circulations entre les éléments les constituant, d’affoler leur potentialité poétique, sémiotique et sémantique, leur polysémie et leur polymorphie, d’insuffler vie, voix, souffle, aux gestes, aux mains, aux seins, aux bouches, aux visages, bref de réanimer corps et lettres exhibés sur ces affiches. Ainsi, par exemple, « Vivaldi le quattroiack » passe de figurant à acteur.

ULTIMA OPERA 1bis

Disons plus largement que, donnant toute sa force au terme de « macula » au sens non plus de « tache » mais de « maille », J. Blaine prend le dispositif complexe des affiches associant mots, images et graphismes dans le filet de sa poétique qui fait valoir visualité, oralité et corporalité, dans les rets de sa grammaire élémentaire. Ainsi, le spore blanc signé et daté, qui apparaît à la fin du premier acte sur une affiche éditée à l’occasion du cinquième centenaire de la gravure arménienne, fait écho à la fois aux dates de ladite exposition, aux doubles zéros rouges du « 500 » au sein desquels sont distribués lettres et chiffres blancs, aux anciennes écritures et ronds arméniens gravés dans la pierre d’une sorte de cadran constituant le fond de l’affiche. Par infléchissement des signes de cette affiche, le spermato zoo, mis en relation avec l’un des éléments essentiels de la poétique de J. Blaine, à savoir « la ballonniste » « O » ou « l’intégralité du O » à la fois lettre, chiffre et trou (comme le n°0), est ainsi désigné à son tour comme signe, comme écriture corporelle, originelle et neuve, ouvreuse de polysémie. C’est aussi dans les nœuds de sa mémoire & dans les mailles d’un large réseau de combattants que J. Blaine prend le dispositif même des affiches/archives tramant de façon singulière espaces, temps & cultures. De fait, en tant que documents « informatifs », anti-lyriques ou relevant d’un « lyrisme d’ambiance » (Apollinaire), les affiches deviennent sources et formes d’un « lyrisme » poéthique & politique qui en appelle à l’expérience collective de résistance & d’émancipation d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

 

Un réseau de combattants

Les chantiers de maculage sont évolutifs au sens où ils se modifient de façon permanente. Ainsi, deux des pages du premier acte d’Il SpermatoZoo scandent les comptes et décomptes des différentes affiches maculées puis abandonnées à leur flux quotidien, qui tantôt sont restées intactes, tantôt ont été arrachées ou nettoyées. Ce nettoyage est perçu par le poète comme une incitation à se remettre au travail. Il va même jusqu’à déclarer que les éditeurs d’affiches contribuent au chantier : « Comme pour présenter leurs excuses, ils ont alors collé une affiche spécialement éditée pour mon travail : biancaneve au théâtre Corso de Mestre ». Cette affiche s’intègre parfaitement à la démarche de maculage : son fond noir offre opportunément un espace pour « qu’y voguent les intrépides spermatozoïdes », alors même que le nom de « Mestre » appelle le « grand mât pour voiles latines (galère) ». Ce nom convoque aussi le mestre de camp, c’est-à-dire l’officier d’infanterie que J. Blaine reproduit sabre à la main en tenue d’apparat. Faisant à son tour naître une pluralité de sens, le terme de « Biancaneve » est une sorte de bio graphème appelant la revue Codice Biancaneve de 1992 et, dans le même mouvement, « Gang » (81-84), « Gang of 4 » (85-87) et Coyote journal qui vantait au début des années soixante-dix les vertus du sabotage et du détournement. Le tissage du réseau de combattants est complété par la référence à « l’art martial et gestuel de combattre » du maître d’arme médiéval Fiore dei Liberi. J. Blaine reproduit une des pages de son manuel d’apprentissage « Les sept épées » où le maître d’escrime est entouré d’un bestiaire symbolique, dont le lion qu’on retrouve ailé sur maintes affiches vénitiennes ou rugissant sur les affiches de cirque. Le nouvel acte de maculage dans la série, qui a lieu de façon signifiante à Soto Portego de la Scrimia et qui est daté de la nuit du 21 au 22 mars renvoie, jour pour jour, quarante-quatre ans après, au « mouvement né le vendredi 22 mars 1968 à la faculté de Nanterre » et en particulier à « L’Enragée de Nanterre » Angeline Neveu dont le nom est associé à celui du maître d’arme.

Rien de surprenant donc à ce que J. Blaine annonce en fin de revue que les deux prochains numéros seront consacrés, pour l’un, à la femme pirate Mary Read morte au début du XVIIIe siècle (on se souvient de la revue Pirate de 1972) et, pour l’autre, au guerrier « Rain in the face » de la nation amérindienne du XIXe siècle (la revue Géranonymo rendait hommage en 1970 à « L’American Indian Movement »). Il semblerait qu’Invece, où on retrouve –dé/placés, re/disposés & ré/inventés -tous les fondements de la poétique blainienne (bestiaire, Poëmes métaphysiques, BiMots, déclaractions, Ch’i & autres écritures gestuelles…) soit un véritable manuel de « révolution », de « résistance », de « bataille », de démantèlement de « l’actuel admis », selon des termes cités dans les dernières pages. Sous le titre de « Précisons et autres précis », ces pages contribuent elles aussi à tisser de nouveaux liens et réseaux. Invece est le manuel d’un poète qui « ne travaille qu’avec les mots » et les images qui l’entourent[11], qui touche au réel, qui s’en soucie, qui l’intègre tout en renouvelant les formes poétiques, qui combat à pied et à mains nues. Ou plus exactement, pour ce premier numéro, à mains munies d’une seule et simple bombe aérosol « happy color, smalto spray » n’ayant pas pour fonction de tuer, mais au contraire -un des sens du mot italien « invece »- de redonner souffle & vie, de « faire surgir le réel (…) cette allure ce pas cette désorientation naturelle »[12].

Isabelle Maunet

 


Extrait de la préface des Poëmes Métaphysiques, Al Dante, 1986. Cette préface, reproduite en fin de revue, ouvre le dernier acte d’Invece : « Précisions et autres précis ».

Une des pages d’Invece propose une photographie de tornade probablement extraite du journal « La Provence » dont J. Blaine reproduit la première page datée du 15 octobre 2012 faisant état de la destruction d’un cirque dont la toile rouge affaissée, à la suite d’une tempête, exhibe une tache blanche semblable à « un jet de sperme ».

Dans « Blaine & guignol circus », le poète se désigne lui-même, précisément sous une affiche « Guignol de Lyon », comme un « guignol » : « Les spermatozoïdes du poète, ce guignol, font leur cirque ».

Dans « Les livres en chair & en os de Julien Blaine », article co-écrit par G. Théval & I. Maunet, il est rendu compte de la composition rigoureuse d’un certain nombre de livres de Julien Blaine, dont les fameux 13427 Poëmes métaphysiques.

Ces adresses au lecteur sont toutes le fait de J. Blaine, sauf une. JB a en effet choisi d’intercaler à un point stratégique de ce numéro 0 un texte de Jean-Charles Agboton-Jumeau « Le logos spermatikos selon Julien Blaine » qui précise en quatre pages le contexte et l’esprit des travaux placés sous le vocable italien de Spermato zoo.

C’était déjà l’objet, clairement énoncé par le poète lui-même, des Poèmes Métaphysiques (op. cit.) dont Julien Blaine reproduit la préface en fin de numéro.

Julien Blaine précise dans Invece à propos de ce lion qu’il est « représentatif de l’art d’hui : infantile ». On retrouve cette considération dans ses Carnets de voyage (Al Dante, 2012). « Grâce aux États-Unis d’Amérique l’art, d’abord le cinéma puis l’ensemble des arts plastiques et musicaux est devenu un art infantile… ».

Julien Blaine précise par ailleurs : « I am a poet/Io sono poeta/je suis un poète ;/ un POèTE. Et par conséquent, je suis un véritable archiviste, orfèvre, fleuriste, potier, couturier, dessinateur, orateur, cuisinier, jardinier, philosophe, chorégraphe, architecte, sculpteur, cinéaste, musicien, écrivain, peintre, artiste, auteur, créateur. / Et géniteur de, et géniteur des, et parfaitement inutile ». Poëmes Vulgos (Al Dante, 2003-2007, p. 220).

À ce propos, la bouche et les yeux de la biancaneve d’une des affiches sont désignés et soulignés par l’usage de la couleur fluo.

« L’intégralité du O » est le sous-titre d’un livre de Julien Blaine Essai sur la sculpturale (galerie Denise Davy, 1967).

« On ne travaille qu’avec les mots qui nous entourent et chaque poëme est un adverbe de lieu. Un adverbe plus ou moins long à moins qu’il ne soit qu’un complément ou mieux qu’un reflet de circonstance ». (BiMot, réédition Al Dante, 2011).

Ces mots sont extraits de Zama, livre de Jean-Jacques Viton (P.O., 2012) et cité, parmi d’autres « précis », dans les dernières pages de la revue.

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Création > Tentaculeux & tuberculaires, brève lecture

Le:31 mars 2013 , 12:01

par :

http://laviemanifeste.com/archives/8024

Stéphane Nowak Papanoniou. (Limoges, 2011)

Enregistrement Radio Grenouille« scène

embarquée » du 15 mars 2012.

Cf. site laviemanifeste.com

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CREATION > Notes sur le sample – pièce sonore de Sylvain Courtoux

Le:28 mars 2013 , 03:45

par :

Notes sur le Sample

Sylvain
à Limoges / Dark City

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ACTION > PAS EN NOTRE NOM – Appel d’artistes, de responsables de structures culturelles, de spectateurs… solidaires du peuple palestinien

Le:10 mars 2013 , 20:21

par :

À l’occasion de «Marseille capitale européenne de la culture 2013» le Consulat d’Israël à Marseille a organisé la venue de nombreux artistes pour une quarantaine de rendez-vous appelés «Israël en scène 2013». Il ne s’agit pas de simples évènements artistiques et culturels mais d’une véritable opération de propagande destinée à «changer l’image d’Israël» dans l’opinion française, directement organisée par le gouvernement israélien. Les artistes ainsi instrumentalisés ne peuvent l’ignorer.

Israël n’est pas un «état comme les autres». Il viole quotidiennement le droit International par l’occupation et la colonisation de territoires, il maintient un blocus illégal sur Gaza, privant ainsi toute une population de vivres et de matériel médical, il continue chaque jour à expulser, emprisonner, à détruire des maisons de familles palestiniennes. Depuis la récente reconnaissance de la Palestine comme État observateur à l’ONU, le gouvernement israélien a riposté en engageant la construction de plus de 2600 logements illégaux supplémentaires dans les colonies de Jérusalem-Est. En Cisjordanie, plus de 600 check-points privent les Palestiniens de leur liberté de circulation, rendant leur accès à l’eau, à l’éducation, à la santé ou au travail dépendant de l’arbitraire militaire. Il s’obstine à refuser le retour des familles des 750 000 palestiniens expulsés de leur pays en 1948 et maintient en prison des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants en violation totale du droit international.

Nous appelons tous les artistes participant à Marseille 2013 à ne pas cautionner cette opération. Nous appelons tous les visiteurs de «Marseille capitale européenne de la culture» à boycotter les évènements et artistes labelisés «Israël en scène 2013». Nous dénonçons la collaboration de Marseille-Provence 2013 avec l’État d’Israël. Nous refusons de cautionner des événements culturels sponsorisés par l’État d’Israël, comme ce fut le cas pour l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid !

De nombreuses personnalités artistiques ont déjà choisi de ne pas se produire en Israël tant que cet État ne changera pas sa politique. Récemment les groupes Portico Quartet et Tuba Skinny, les pianistes Jason Moran et Eddie Palmieri, ont annulé leur participation au festival de jazz d’Eilat. Parmi les autres artistes qui ont annulé leurs prestations artistiques dans différentes villes israéliennes, on compte également Cassandra Wilson, Natacha Atlas, Cat Power, Jello Biafra, Lhasa, Gilles Vigneault, Roger Waters, Elvis Costello, Carlos Santana, Annie Lennox, Vanessa Paradis, Gil Scott-Heron, Les Pixies ou Massive Attack. Ken Loach a déclaré qu’il refuserait « n’importe quelle invitation au festival de films de Haïfa ou à d’autres occasions identiques ». Comme lui nous soutenons « l’appel lancé par les réalisateurs de film, les artistes palestiniens et d’autres pour boycotter les événements culturels israéliens financés par l’état et inviter d’autres artistes à se joindre à leur campagne.

L’ art c’est la vie.

À ceux qui disent «Ne mélangeons pas la culture et la politique», nous

répondons que la culture du politique – et la politique de la culture – ne doivent pas servir à « blanchir » la colonisation et son cortège d’exactions.

Adressez votre signature à : pasennotrenommarseille2013@gmail.com

drapeau

Drapeau détourné par l’artiste israélien
Shimon Tzabar

Premier(e)s signataires > Bassel Abu Ahmed, Marseille ; Bénédicte Adessi, artiste plasticienne, Marseille ; Jean-Marc Adolphe, Directeur de publication Mouvement, Paris ; Saïd Afifi, artiste visuel, Tetouan, Maroc ; René Agarrat, Président de l’Arbre à Palabres, Vitrolles ; Lucia Ahmad, photographe, Ramallah ; Monique Allègre Professeur retraitée, Marseille ; Michel André, co-directeur de La Cité, Marseille ; Muriel Anssens, photographe, Nice ; Michel Arbaret, Grans ; Pierre Armand, ingénieur du son, Marseille ; Ars Publica edizioni musicali, Italia ; Danielle Atala, plasticienne, Paris ; Kahena Attia, cinéaste, Tunis ; Jacques Aubergy, éditeur-libraire, Marseille ; Bernard Aubin, chef de choeur et compositeur, Marcq-en-Baroeul (59) ; Marie-Christine Aulas, euro-députée honoraire, Marseille ; Joanne Avateoglou-Textoris, Avignon ; Giney Ayme, artiste, Marseille ; Thomas Azuélos, dessinateur, Marseille ; Younes Baba-Ali, artiste, Casablanca ; Fayçal Baghriche, Artiste participant à Marseille Provence 2013 ; Claude Ballanger, Citoyen de Marseille ; Denise Bally, secrétaire d’édition, Marseille ; Julie Balsaux, Artiste plasticienne, Aix-Marseille-Paris ; Paul Balta, Ecrivain, Paris ; Aurelia Barbet, cinéaste, Marseille ; Daniel Barraud-Andersen, ACI et chanteur du groupe « Le Blues Anarseillais » ; Hélène Barthelemy, Marseille ; Marianne Bartoli, directrice de publication journal culturel et citoyen César, Arles ; Françoise Bastianelli ; Mireille Batby, curatrice, Marseille ; Taysir Batniji, Artiste, Paris ; Daniel Beauron, Responsable culturel, Agglo de Thau – Sète ; Yann Beauvais, artiste, Récife Brésil ; Djamel Belcadi, journaliste ; Marie-Paule Bernadac, professeur d’histoire retraitée ; Patrice Bernardo, Kinésithérapeute, Toulouse ; Colette Berthès, auteure et spectatrice ; Jean Berthet, retraité , Marseille ; Samuel Bester, artiste, Marseille ; Mohamed Bhar, musicien ; Patricia Biasetti, association Commune ; François Billaud, artiste, Marseille ; Philippe Bissières, graphiste ; Julien Blaine, poète, Marseille ; Justine Blanckaert, Bibliothécaire, Ile-de-France ; Jacques Boissière ; Hélène Boisson, traductrice littéraire, Marseille ; Vincent Bonnet, artiste, Marseille ; Anne Bonvalet, Assistante maternelle. 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Nathalie Démaretz, artiste vidéaste plasticienne, Marseille ; Marie-Françoise Deodat, Moissac (82), Maître de conférence retraitée ; Der Aprahamian ; Martine Derain, artiste, Marseille ; Olivier Derousseau, essayiste ; Mette Dige-Hess, membre de l’ AFPS et de l’UJFP 41800 Les Hayes ; Dimitri, artiste transmedia, Marseille ; Jean Djemad, Cofondateur et codirecteur de la Cie Black Blanc Beur Trappes en Yvelines ; Mohsen Dridi, militant associatif ; Claire Duport, sociologue à Transverscité, professeur associée à l’Université Aix-Marseille ; Claudine Dussollier, responsable de projets culturels ; Ela, artiste transmedia, Marseille ; Aïda El Amri, Présidente de l’association Tunisie Culture Solidaire ; Ghassan Elezzi, universitaire ; Basma El Husseiny, Al Mawred Al Thaqafy, Bruxelles, Le Caire ; Fadila El-Miri, travailleur social, intifada 13 ; Ekmel Ertan, Artistic Director, Istanbul ; Abdel Fadhla ; Yann Fiévet, Professeur de Sciences Economiques et Sociales Arnouville (Val d’Oise) ; Christine Findal, occitaniste, Marseille ; Annie Fiore, journaliste, écrivain, Marseille ; Mauro Folci, visual artist Roma ; Dany Fontan, Tours ; Philippe Foulquié, Fondateur du Théâtre Massalia (1987-2011) et de la Friche la Belle-de-Mai (1990-2010), retraité actif ; Jean-Claude Garcin, professeur honoraire à l’Université d’Aix-Marseille ; Kamel Ghali, écrivain poète, Paris ; Souhail Ghazi, Tours ; Liliane Giraudon, poète Marseille ; Eugenia Gortchakova, visual artist and curator, Oldenburg, Germany ; Elizabeth Grech ; Guido’Lu, duo d’artistes plasticiens-vidéastes, Liège ; Philippe Guiguet, Bologne, directeur culturel,Tanger ; Simon Guiochet, directeur artistique de l’association L’Œil d’Oodaaq, Rennes ; Michel Guivier ; Hanane Hajj Ali, Actress, cultural activist and researcher ; Avi Hershkovitz, Cineaste, Marseille ; Mohamed Harb, artiste, Gaza ; Claude Hirsh, réalisateur, Marseille ; Serene Huleileh, Chair of the board, the Arab Education Forum, Jordan ; Béatrice Huret, thérapeute, Marseille ; Dominique Idir, videaste, Marseille ; Manhal Issa, artiste en art visuel, Damas/Paris ; Xavière Jardez, juriste retraitée Paris ; Christine Jedwab, choriste dans deux spectacles et citoyenne marseillaise ; Mohammed Joha, artiste palestinien, Italie ; Samy Johsua, universitaire, Marseille ; Pascal Jourdana, directeur artistique de la Marelle, Marseille ; Valérie Jouve, photographe, Paris ; Koma, graffeur, Vaucluse ; Stéphane Krasniewski, administrateur de festival ; Hadjila Krifa, économiste, Lille ; Fabienne Labrosse, Le Vigan, Gard ; Philippe Labrosse, Le Vigan, Gard ; Jean-Jacques Lagarde, Retraité de la Poste, 24560 Monsaguel ; Mehdi Lahlou, professeur de Sciences économiques ; Camille Lakser, conteur ; Anne-Marie Lallement, cinéaste et fille du juste: Pierre Lallement, Paris ; Mireille Lando, enseignante, Marseille ; Mireille Laplace, videaste, Marseille ; Wilfrid Legaud, graphiste, enseignant, Marseille ; Jean-Claude Le Gouic, artiste plasticien, Aix-en-Provence ; Aurélien Lemonnier, artiste cinéaste, Marseille ; Marie-Thérèse Lenoir, professeur de lettres ; Maxime Leroux, psychosociologue, Marseille ; Florence Lloret, co-directrice artistique de La Cité, Marseille ; Marie-Noël Lombard ; Marcantonio Lunardi, directeur-videoartist ; Bahija Lyoubi, production cinéma/télévision, Maroc ; Naïk M’Sili, directrice culturelle, Marseille ; Dalila Mahdjoub, artiste plasticienne, Marseille ; Chantal Maire, Martigues ; Vincent Makowski, plasticien graphiste, Vaison-la-Romaine : Laurent Malone, photographe et éditeur ; Mustapha Mangouchi, auteur-réalisateur ; Denis Martinez, artiste plasticien algerien, Marseille ; Roland Marx, poète, parolier, Plainfaing (Vosges) ; Véronique Marzo, membre de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), Marseille ; Laila Masri, artiste ; David Mateos Escobar, marseillais ; Alain Mathieu, TechnArtiste, Marseille ; Fumiko Matsuyama, artiste, videaste ; Claude Maurice, médecin retraité ; Claude Mawas, Directeur de recherche INSERM, CRCM, Marseille ; Claudie Mayer-Boesch, psychologue, Azay le Rideau ; Constance Meffre, chargée de production, Marseille ; Jean-Luc Mercier, professeur, comédien, administrateur MJC, membre d’Amnesty International et de Ballon Rouge, Aubagne ; Marc Mercier, critique et directeur artistique, Marseille ; Quentin Mercier, animateur-technicien-réalisateur radio, spectateur & artiste ; Fella Merzougui, médecin produit Alger ; Jean-Paul Mignon, Conseiller d’Education Populaire, Marseille ; Marie Mignon – Travailleur social, Marseille ; Chantal Mirail, psychologue ; Muriel Modr, artiste plasticienne, Marseille ; Paul Monmaur, universitiare retraité ; Ariane Monneron, médecin, Marseille ; Jean-Noël Montagné, plasticien, Nice ; Fatima Mostefaoui, Marseille ; Jean-Francois Moulin, médecin, Marseille ; Wesam Mousa, cinéaste, Palestine ; Marie-Thérèse Moyer ; Gilles Munier, auteur, Rennes ; Ahmed Nabil, Documentary Filmmaker, Alexandria, Egypt ; Jean-François Neplaz, cinéaste, Marseille ; Sigrun Neumann, artiste-peintre, Toulon/le Caire, www.artmajeur.com/sineu ; Bernard Noël, poète ; Paul-Emmanuel Odin, critique et programmateur artistique, Marseille ; Perrine Olff-Rastegar, Porte-parole du Collectif Judeo Arabe et Citoyen pour la Palestine, Strasbourg ; Florence Ollivry, écrivain, Montréal ; Thomas Ordonneau – producteur, distributeur cinéma, Marseille ; Ramzi Oueslati, Association Arts et culture des Deux Rives (ACDR) ; Romane Oudin, étudiante Marseille ; Huguette Pérol, écrivain ; Michel Peyret, ancien député de la Gironde ; Michel Piquemel, écrivain, Béziers ; Jacques Planche-Bordereau, retraité, ancien directeur de l’Agence de communication Médiris ; Frédéric Plicque, chargé de production spectacles vivants, Albas (46) ; Nelly Pouget, saxophoniste compositrice ; Solange Poulet, Conseil artistique et programmation Cinéma, Marseille ; Jacques Pradel, Directeur de recherche CNRS, Marseille ; Michelle Pradel, Citoyenne de Marseille ; Agnes Quillet, plasticienne, Marseille ; Florence Renault-Darsi, directrice artistique , Casablanca ; Danielle Restoin, Limoges ; Jacqueline Reynier, artiste plasticienne Marseille ; Ferdinand Richard, musicien ; Marc Ripoll, enseignant retraité, membre et ancien président des Rencontres Cinématographiques d’Aix-en-Provence ; Suzel Roche, Collectif Cailloux, Marseille ; Till Roeskens, artiste, Marseille ; Henri Rossi, agréé en architecture, Cannes ; Hélène Rousseau Nativi, Avocat, Paris ; Claudine Rulleau-Balta, écrivain ; Rasha Salti, writer, curator ; Elisabetta Sbiroli, Compagnie Lalage, Marseille ; Jean-Pierre Senelier, videaste, La Bouilladisse ; Elise Schumacher, travailleuse éducation populaire, Rennes ; Agnes Selva, Nimes ; Anne-Marie Sénéchal, Professeur de lettres à Aubagne, retraitée à Brest ; Marcel Sénéchal, professeur retraité, Marseille ; Parham Shahrjerdi, écrivain, critique et éditeur, Paris ; Catherine Shammas, spectatrice ; Cécile Silvestri, coordinatrice culturelle, Marseille ; Jeanne Simtob, Cie en tracteur (66) ; Pierre Stambul, professeur retraité, Marseille ; Catherine Stern, professeur d’Histoire ; Selva Tachdjian, plasticienne, 04230 Lardiers ; lo thivolle, cinéaste ; Xavier Thomas, journaliste et producteur radio, Marseille ; Irène Tonelli, chargée de communication, Marseille ; Fatiha Touali, Toulouse ; Tarek Toukabri, Association Démocratique des Tunisiens en France (ADTF) ; Marie Tosun, professeur de Turc, Paris ; Michel Touzet, libraire, Marseille ; Marwen Trabelsi, Artiste Photographe et Réalisateur, Tunisie ; Monique Ulpat, directrice COBIAC (Collectif de Bibliothécaires et Intervenants en Action Culturelle) ; Emilien Urbach (directeur artistique de la Compagnie Sîn, Nice/Montpellier) ; Kevin Vacher, travailleur social, militant ; Chantal Mirail, psychologue ; associatif, Marseille ; Riccardo Vaglini, compositeur, professeur en composition au Conservatorio di Musica Benedetto Marcello – Venezia ; Fabienne Vallin, auteur et photographe (Paris) ; Bernard Vandenbunder, Directeur de Recherche au CNRS, Marcq-en-Baroeul ; Christine Vandrame, Association Ballon Rouge, Aubagne ; Yves Vandrame, Association Ballon Rouge, Aubagne ; Mathieu Verdeil, réalisateur, Marseille ; Gaetan Viaris, artiste-photographe ; Hanan Wakeem, Art Manager , Jerusalem, Palestine ; Marie-Luce Youchenko, citoyenne, Marseille ; Philippe Youchenko, retraité de l’action culturelle, Marseille…

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ENTRETIEN > avec Hazem El Moukaddem*, à propos de « Panorama des groupes révolutionnaires armés français de 1968 à 2000″

Le:9 mars 2013 , 15:32

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Q - Pourquoi ce travail de recherche sur les groupes révolutionnaires armées français de la fin du XXe siècle ?
R - Et pourquoi pas…? Plus sérieusement, je pense que le point de départ est dû à un vrai problème de manque de documentation. Étant plus jeune, j’ai toujours entendu parler de certains de ces groupes, j’ai voulu creusé un peu et c’était comme s’il y avait eu un effacement de la mémoire : difficile de trouver les documents d’époque dans les bibliothèques et autres centres de documentations, difficile de connaître cette histoire par

personnes des pistes de réflexions, et provoquera des réactions, des critiques, des désirs d’approfondir cette histoire… en bref, qu’il ouvrira un débat.

 

Q - Et où as-tu trouver ces documents ?
R - Tout d’abord par le réseau militant. Des gens d’autres générations, qui avait gardé des journaux et des tracts de cette époque. À défaut de m’enterrer dans des médiathèques, j’ai écumé les bibliothèques de mes amis, et des amis des amis. Puis petit à petit, je me suis rendu compte que sur internet, il existait tout un réseau de blogs militants, qui donnait à lire des tracts, journaux, communiqués, textes politiques… de ces années-là. Et puis aussi dans des livres, mais surtout en langue étrangère : allemands, italiens, anglais…

 

Q - Tu parlais tout à l’heure de l’importance de s’organiser ; que tes recherches participaient d’une volonté de penser la réinvention de la politique, afin d’imaginer de nouvelles modalités d’organisation qui prendraient en compte les erreurs du passé. Peux-tu nous en dire plus ?
R - Même si l’histoire ne se répète jamais de la même façon, il y a quand même des constantes. Et aujourd’hui plus que jamais l’oppression des peuples par les puissances économiques arrivent à des extrêmes d’insupportabilité sans nom : rien qu’en France, puisque je vis ici maintenant, il suffit de voir la façon dont on creuse avec de plus en plus de violence le gouffre entre les nantis et les pauvres – jusqu’à marginaliser ces derniers pour les stigmatiser encore plus -, ce qu’il se passe dans les camps de rétention, la violence policière dans les cités, le racisme affirmé, la chasse aux rroms, les conditions de vie en prison… et ce triste record, dont peut se vanter l’état français, d’avoir derrière ses barreaux le plus vieux prisonnier politique (Georges Ibrahim Abdallah, enfermé depuis 29 ans !)… Il est donc urgent de réagir. Pour cela il faut se compter, savoir mettre de côté les rivalités stériles, sortir de nos petits espaces de conforts et « d’entre-soi ». Arrêter de refaire le monde avec 3 potes au fond d’un café, et aller à la rencontre des gens, là où ça se passe : dans la rue, dans les quartiers, dans les cités… être au côté de ceux que les journaux appellent « les nouveaux précaires » (comme s’il s’agissait d’une maladie !)… Arrêter également de séparer les sujets de luttes et comprendre que nous avons tous les mêmes ennemis, et qu’il y a une analyse commune à faire de la situation, et une lutte commune à mener. Et surtout, ne jamais oublier que ce que nous subissons de façon local, n’est qu’un tout petit fragment d’une réalité globale, internationale. Il est donc important d’inscrire chacune de nos analyses et chacune de nos luttes dans ce contexte internationale.

Alors j’ai fait ce livre pour qu’on puisse réfléchir sur les écrits et les actes oubliés de cette période pourtant très récente. Et essayer de comprendre ce que les militant(e)s qui ont écrit cette histoire peuvent nous apporter, et où ils et elles se sont fourvoyé(e)s._Et puis je voulais savoir d’où ils et elles parlaient, comment, venant des masses et faisant de la politique au sein d’elles et avec elles, petit à petit il y a eu un détachement entre ces militant(e)s et les masses. Comment ce processus c’est joué, et pourquoi… Je crois que c’est là le point crucial de toute cette histoire.

Et puis je voulais bien entendu briser le silence qui entoure leurs paroles, mais aussi contrarier les processus de fictionnalisation qui se forment autour de ces militant(e)s, et qui sont, à mon sens, d’autres formes de censure. Mon propos n’est pas de les glorifier ou de les encenser, ni bien entendu de les dénigrer, mais qu’on puisse être avec eux, par-delà les années, dans une relation de débat et d’échange critique, afin de tirer tout l’enseignement historique et politique qu’ils peuvent nous offrir, et dont on a grandement besoin aujourd’hui.

 

 

Q - Peux-tu me dire comment était perçu, au Liban, ces militants des pays d’Europe ?
R - J’étais trop jeune et trop peu documenté. La seule chose que je peux te dire, c’est que nous avions de la sympathie a l’égard des groupes soutenant nos luttes. Ça fait toujours plaisir de savoir que quelque part dans un pays étranger, des militant(e)s défendent une lignée internationaliste. Ça te motive, et ça donne une autre dimension au combat quotidien. Alors qu’aujourd’hui, cette dimension internationaliste a bien disparu des discours politiques de gauche, ou alors elle est totalement fragmentée à travers des formes de militantisme hyper « spécialisées ». On voit même la gauche classique provoquer ou défendre des interventions armées scandaleuses (comme en ce moment au Mali) ou encore pousser leurs militants à s’arranger avec leur bonne conscience, en leur proposant de financer des ONG, qui ne sont que des escroqueries, ou privées, ou para-gouvernementales…

 

Q - Que penses-tu du milieu militant en France ?
R - Il me semble en pleine crise identitaire. Comme orphelin. C’est justement un «milieu», fermé sur lui-même. Et qui s’épuise dans une guerre interne absurde et stérile. On a l’impression qu’il ne sait plus du tout d’où il vient. Comme si il avait complètement effacé de sa mémoire tous les textes politiques et toutes les expériences du passé. En fait, c’est comme s’il n’avait pus de mémoire. Je ne vois pas de renouvellement. Et, pire que tout, j’ai l’impression qu’il n’y a pas (ou de façon très minoritaire) de connexion entre les différentes composantes de la société.

 

Q - Pour finir, pourquoi as-tu choisi de proposer ton livre aux éditions Al Dante (ce dont nous sommes très contents, d’ailleurs…) ?
R - Pour 2 raisons principales :

- la première est que, en ce qui concerne la poésie, je trouvais que ça bougeais plutôt bien chez Al Dante. Qu’il y avait une dimension un peu critique, pas habituelle que je découvre et qui m’intéresse. J’ai toujours pensé que l’art était un moyen de proposer des gestes libres de toutes contraintes, critiques et perturbateurs. Et je trouve que c’est trop rare. Et puis, comme on est voisin, j’ai pu voir et entendre un peu ce qu’il se passait chez toi : les lectures, les performances, les discussions, etc. Alors quand j’ai su qu’un espace politique se créait là, ça m’a intéressé – et puis tu t’en doutes, ça me faisait particulièrement plaisir d’être à côté de George Ibrahim[1] !

- la seconde, est que je pense qu’il faut éviter les cloisonnements. Je trouve plus intéressant d’être dans un espace ouvert, que retrouver mon livre dans un catalogue où tout se resserre autour des mêmes gens, des mêmes façons de poser les problèmes, des mêmes écritures, etc. C’est toujours mon agacement des « entre-soi ».

 

[1] Georges ibrahim Abdallah (collectif, 250 pages, 17€ – paru chez Al Dante en juin 2012)

 

* Hazem el Moukaddem est né en 1985 au Liban. Il vit et travaille actuellement à Marseille. Étudiant, il a passé un Master Management Logistique et Stratégie. Il poursuit aujourd’hui des études en sociologie. Son livre sur les groupes révolutionnaires armés français (chronologie commentée et réunion de documents d’époque), constitue sa maîtrise. C’est également un matériau qui lui sert de base à un travail réflexif en cours, qui devrait donner lieu à l’écriture de sa thèse.

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ARTICLE > L’Humidité, 1970-1978 (par Sandra Raguenet)

Le:4 mars 2013 , 13:32

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À propos du reprint de l’Humidité

la revue de Jean-François Bory (publié par Poezibao)

l'HumiditéAu 2e semestre 2012 est paru aux éditions Al Dante un reprint de l’Humidité, revue des années 70 qui a œuvré en marge de l’histoire officielle et des expressions avant-gardistes dominantes, en marge de Tel Quel et autres organes érigés en véritable institution, pour partager le sort des « petites » revues qui doivent attendre leur disparition pour trouver une visibilité, une reconnaissance. Mais cette reconnaissance tardive ne va pas de soi : nombre de revues sont reléguées à l’inexistence en attendant qu’un possible passeur sache prendre des risques. C’est pourquoi il nous faut saluer l’action de Laurent Cauwet seul éditeur en France à mener aujourd’hui une véritable politique éditoriale en faveur des revues ;
L’Humidité, comme le rappelle Cauwet, fait partie de ces revues qui dans les années 70-80 « ont servi de plate-forme et de courroie de transmission aux avant-gardes internationales, avec Les Lettres d’Ilse et Pierre Garnier, la revue OU d’Henri Chopin, Robho de Julien Blaine, Agentzia de Jean-François Bory, puis la revue Doc(k)s de Julien Blaine – pour ne citer que les plus importantes et les plus visibles ». Fondée en 1970 par le poète Jean-François Bory, l’Humiditén’aura cessé durant 8 ans de défendre les créations qui ont opéré une révolution tant formelle qu’idéologique en remettant en cause les hiérarchies attachées aux moyens d’expression (littérature vs poésie, texte vs image, parole vs geste, cri, mouvement) comme aux genres (masculin/féminin). Son iconoclasme est perceptible dans chaque livraison où se joue l’attaque des objets de culte parmi lesquels figurent en premier lieu le livre et son suppôt (le texte), objets fétiches dont il s’agit de sortir des présupposés esthétiques et idéologiques en faisant valoir la matière, le corps, l’image, le son et tout dispositif, pratique et media (installations, performances, mail art, etc.) qui subvertit les codes hérités d’une tradition qui a valeur d’ordre ; subversion dont L’Humidité a poussé la cohérence jusque dans l’impression de textes à l’envers appelant la manipulation active d’un support qui se rappelle ainsi en tant qu’objet. Véritable machine de guerre, cette revue fut un lieu tendu sur une ligne sans concession, ouvert aux avant-gardes qui déclarent la guerre aux vieilleries littéraires et poétiques (Mauriac y est commémoré comme « le plus grand des journalistes du XXe siècle, un novateur apprécié du livre pour retraités ») comme aux organes livresques (TE QUE La revue sans L) et à tous les appendices de l’art institutionnalisé. Si le n°1 et le n°20 se détachent de l’ensemble par leur facture joyeusement hétéroclite, la revue alterne numéros thématiques et monographiques : n°2 Spécial manifestes futuristes ; n°3 Le corps dans l’espace ; n°4 Ben ; n°5 Manfred Mohr ; n°6 Italie dernière mesure ; n°7 Art par correspondance, Biennale 1971 ; n°8 revue italienne en langue française ; n°9 Italie été 72 ; n°10 Agullo ; n°11 Journiac ; n°12 Silbermann ; n°13 Bertini ; n°14/15 Littératures ; n°16 A. F. Delmarle peintre futuriste ; n°16 ; n°17 Nave ; n°18 Bory ; n°19 Plessi ; n°21 Hervé Fischer ; n°22 Spécial Arman ; n°23 Arts plastiques littératures, notes ; n°24 Encore/La création féminine ; n°25 La bibliothèque ; n°26 Poeti visivi. Mais cette structuration assez classique des sommaires est bousculée de l’intérieur par un désordre des plus turbulents où l’ordre cède la place à un immense collage-montage de manifestes, lettres et mots d’artistes, annonces d’événements, entretiens, photographies, notes, citations, dessins, chroniques qui jouent du sérieux comme du dérisoire et du canular. Ce collage-montage juxtapose expressions poétiques et artistiques pour s’inscrire dans un désir de réunir, faire dialoguer, interroger les poésies expérimentales depuis et avec les arts plastiques comme les avant-gardes historiques. Le numéro sur le futurisme, entièrement constitué de manifestes simplement reproduits, sans appareil critique, est emblématique de ce désir qui dit la nécessité d’une remise en circulation comme l’auto-suffisance de ces textes qui ont conservé toute leur force corrosive. « Vive la sauvagerie » peut-on lire dans « A bas le tango et Parsifal », lettre futuriste datée de janvier 1914 dont le cri entre en résonnance avec les dernières pages du numéro précédent où la revue retranscrit un discours d’Arthur Pétronio sur la poésie expérimentale prononcé lors de la Biennale de Knokke : « Un mot prophétique de Charles-Louis Philippe me vient à la mémoire. Il est circonstanciel, d’une brûlante actualité : “Le temps de la douceur et du dilettantisme est passé. Maintenant il nous faut des barbares” ». Et c’est précisément ce cri qui retentit dans toutes les pages de l’Humidité, celui de la sauvagerie qui emporte dans un même élan avant-gardes historiques et contemporaines, poésies et arts plastiques, cinématographique, musical.
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Art sauvage qui se décline dans celui du montage qui fait de l’Humidité un lieu de tension critique qui opère des frottements entre futuristes, dadaïstes, surréalistes, poètes concrets, visuels, sonores et écrivains tels José Pierre, Pascal Quignard, Pierre Bourgeade, Annie le Brun, Bernard Noël mais aussi Roland Barthes (du théoricien à l’auteur des « Graphies »). Montage dans lequel percent les révoltes parmi lesquels on retient celle de Sarenco dénonçant la situation du poète « paria de la culture » et la sous-représentation d’une poésie à l’initiative de subversions majeures attribuées aux autres artistes : « les artistes conceptuels sont des copieurs formidables et ils gagnent l’argent sur notre underground 1963-1971 » ; « le poète se révolte contre le peintre,/le sculpteur, le musicien,/qu’il a toujours soutenu » ; « La poesia visiva/Musica/È ! » (n°9). L’Humidité est un véritable laboratoire où se rencontrent, se heurtent, s’entrecoupent les mouvements et pratiques les plus vives de cette époque : poésie concrète et visuelle avec Kitasono Katué, Seiichi Niikuni, Syoji Yoshizawa, Shosochiro Takahashi pour le Japon, Jean-François Bory, Alain Arias-Misson, Paul de Vree … pour la France ; poésie sonore (Arthur Pétronio, Henri Chopin, Bernard Heidsieck), poésie évidente du Tchèque Jiri Kolar ; art corporel (body-art ou art charnel avec Orlan, Gina Pane, Michel Journiac), Fluxus (Ben…), Support-Surface (Claude Viallat), Nouveau réalisme (Arman…). Si les plasticiens sont les principaux interlocuteurs des poètes, le cinéma a aussi sa place avec l’Italien Alberto Griffi, l’Argentin Leopoldo Malher et le Polonais Mieczyslaw Berman. Dans ce dialogue, les italiens occupent une place prépondérante : se baptisant « revue italienne en langue française » dès le n°8,l’Humidité ne consacrera pas moins de 4 numéros aux expressions qui offrent un décentrement salvateur par rapport à l’avant-garde parisienne, à une Italie qui est au cœur d’expressions novatrices comme le Mec’art (courant photographique fondé par Gianni Bertini en 63) ou la poésie visuelle dont elle fut le berceau. D’où la forte présence de voix comme celles d’Eugenio Miccini, Sarenco, Lamberto Pignotti, Luciano Ori, Giulia Niccolai, Lucia Marcucci, Carlo Alberto Sitta. Nombreux sont aussi les musiciens et artistes comme Giuseppe Chiari, Franco Vaccari, Claudio Parmiggiani, Maurizio Nannuci ou Michelle Perfetti…

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Si l’Humidité a suivi et participé du déploiement de mouvements phares initiés dans les années 50-60, elle a aussi accompagné des mouvements naissant au moment de sa publication : art postal (auquel elle consacre un numéro), art numérique (avec Manfred Mohr et Jacques Palumbo) et art sociologique (Hervé Fischer, Michel Journiac, Henri Maccheroni, Thierry Agullo) ; un art sociologique pourtant né à Paris mais complètement passé à la trappe qui en appelle à l’hygiène de l’art, à son inscription dans la réalité sociale par autant de mises en situation qui invitent à la désacralisation, à la participation, à l’abolition de la discrimination sociale, à de nouvelles prises de conscience. C’est aussi dans cette résonnance qu’il faut comprendre le geste de l’Humidité qui consacre un numéro à la création féminine, numéro qui fait valoir, contre la sous-représentation des femmes dans le champ culturel, le nombre et la diversité des expressions, l’hétérogénéité des positions face à un art féministe. On y re-découvre Natalia L. L et son consumer art, Ruth Francken avec ses reliefs photométalliques et ses dessins-collages dont le sens a été rabattu sur la symbolique de la castration freudienne par le public masculin, Mary Beth Edelson, plasticienne américaine qui distingue clairement art féministe et art fait par des femmes pour projeter la question du féminin sur une mythologie et symbolique jungienne ; Nicola dont les pénétrables ou « les objets à vivre » interrogent le corps comme conditionnement social ; Irène Schwartz et son travail sur l’esthétique du quotidien par démontage-remontage du journal Le Monde ; Colette Deblé et sa composition d’un essai plastique visuel sur les diverses représentations de la femme dans l’histoire de l’art ; Niki de Saint Phalle et ses Surfemelles comme défi aux Surmâles ; Monique Tirouflet et ses brouillages peinture/photo saisis depuis la question du corps offert/intouchable ; Hannah Hoch, « la laissée pour compte du dadaïsme berlinois » qui a découvert la technique populaire du photomontage sur l’île d’Usedom aux côtés de Raul Hausmann auquel est revenu la découverte ; la même Hannah Hoch qui s’est révoltée contre « l’homme envahissant pour son intégrité de femme-artiste, de femme-femme », qui a su dépasser la représentation de la femme futuriste en amazone comme celle à venir d’un hyper-féminin surréaliste, en articulant masculin-féminin ; Raymonde Arcier dont le tricotage de grandes poupées introduit dans l’art des techniques d’un faire-féminin et dont l’agrandissement démesurés des objets du quotidien interroge la place de la femme dans la société ; Erika Magdalinski qui scénographie le quotidien et dont on retient la série boîtes aux lettres, L’Expropriation, qui évoque celle d’un quartier de Belleville « bradé par les politiciens et leurs promoteurs » ; Raquel et ses travaux de plasticienne conjoints

à son travail sur le livre dont un entretien rapporte l’impact des deux espaces l’un sur l’autre… ; autant de voix que la revue fait résonner dans celles de Sapho et de Louise Labé qui bouclent dans un mouvement inversé le numéro.

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Ce livre sur l’Humidité nous permet aujourd’hui de revivre une aventure en offrant un document en vif sur une époque et ses avant-gardes, un document historique qui met à disposition une matière qui permet d’apprécier les parallèles et les différences à l’œuvre entre les arts et les pays, où puiser une riche matière de réflexion sur des mouvements d’ensemble et des figures singulières. Il fait recirculer à son tour des formes et des réflexions qui proposent une autre histoire de la création en rupture avec l’histoire officielle. De la revue au livre, l’Humidité continue de déranger par une matière toujours sous-tendue par une pensée de l’avant-garde et de la création comme politique. Son reprint est vivifiant, il recadre, interroge notre perception même du contemporain, permet de reprendre la mesure de ce qui aujourd’hui relève réellement de l’innovation, des réels prolongements et retombées des années 70 dans notre paysage. L’Humidité nous lit, nous interroge. Ça fait du bien, et ce n’est que le début d’une série que l’on souhaite longue puisque L. Cauwet prépare actuellement deux anthologies, l’une sur Doc(k)s, l’autre sur Banana Split, à paraître en 2013.

 

Remerciements à Florence Trocmé/Poezibao

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2012/11/note-de-lecture-lhumidité-1970-1978-par-sandra-raguenet.html

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DOCUMENT > Revue Attaques, le film

Le:2 mars 2013 , 15:42

par :

la revue Attaques, pour ré-aviver (dans le sens de mettre à vif…) les questions ouvertes.

MANIFESTEN / Al Dante

Le numéro 1 est sorti en librairie en novembre 2012.
A cette occasion nous avons fait une présentation d’Attaques, sous forme d’un Manifesten.

Pierre Linguanotto, ami cinéaste, était

là, a tout filmé. Il nous envoyé ce petit film. Avec : Amandine André, Jérôme Bertin, Julien Blaine, Oscarine Bosquet, Garance Clavel, Anne Ferret, Riad Ghami, Fabienne Létang, Jean-Luc Moulène, Charles Pennequin, Jean-Marc Rouillan, compagnie Scènes |

Rencontres, lectures, performances, projections, expositions…

du 21 au 23 septembre, à Marseille (Les grands terrains) et La Ciotat (café la Renaissance)

(Prochain Attaques, le numéro 2, en octobre 2013).
Ci-dessous : 1. quand Libération parle d’Attaques ; 2. Sur le site La vie manifeste, un (très beau) texte de Florent Draux sur la performance de Fabienne Létang : Temps/travail
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ENTRETIEN > avec Stéphane Nowak Papantoniou

Le:2 mars 2013 , 15:40

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À propos de Tentaculeux et tuberculaire, Stéphane Nowak papantoniou répond à quelques questions…

Le livre Tentaculeux & tuberculaires c’est plusieurs choses.

 

On peut le lire comme un récit : un homme rentre chez lui et est pris d’une suffocation, d’un sentiment de strangulation devant l’aspect policé et policier des espaces publics, en entendant des proclamation répétées sur la réduction des possibles et de l’imaginaire.

On peut le lire comme des boucles poétiques avec inextricablement mêlés : des sensations autobiographiques d’enfermements et d’indigestion de la langue majeure, des « monologues extérieurs » produisant des espèces de personnages expiatoires.

Il y a donc plusieurs questions travaillées :

- l’enfermement et la fuite, autrement dits « labyrinthes et issues de secours », décrire la prison intérieure et extérieure, et se faire la belle

- la disparition visible de l’industrie et des ouvriers mais pas du discours progressiste de croissance

- une critique de la novlangue des initiales et acronymes au profit d’interrogations sur les possibilités d’extension par des prépositions

Comment j’ai procédé

À la base il

y a un amas d’environ 400 textes initialement écrits entre 2004 et 2012 que j’ai relus pour en extraire une forme à deux têtes

- les textes tentacules qui sont des récits d’enfermements (bulle, tube, dettes, stock exchange, plan de campagne commerciale) : la télé, l’argent, la vitrine…

- les textes tubercules qui sont des proliférations de discours marquées par des boucles, des changements de rythme et de propos (traitant des mouvements de la pensée et de l’opinion, du progrès, du mariage et de la viande de bœuf, de l’hôpital, des relations sociales, de l’écriture…)

Autrement dit, il n’y a pas une idée puis un livre (en ce sens il antiformaliste), il y a un livre d’où émerge une forme déclinée (et en ce sens il est très formaliste).

Voilà pourquoi je l’ai appelé ommatostrephe, le nom d’un animal céphalopode, c’est à dire avec des pieds sur la tête donc selon moi qui pense avec ses pieds, ce qui va très bien avec la genèse itinérante des textes.

Le titre même Tentaculeux et tuberculaires est un brouillage volontaire et « erroriste » de la qualité des adjectifs en travaillant à une complication du rapport actif/passif qui leur est assigné. Puisque le livre parle de ça, de ce qui est actif et de ce qui est passif dans le sentiment d’enfermement.

La plupart des textes ont été lus à haute voix lors de différentes manifestations et retravaillés dans un souci d’efficacité rythmique et sonore.

Ils témoignent d’une perception de renforcement des puissances d’enfermements ainsi que des tentatives de fuite tous azimuts.

A la fois textes scandés et répétitifs pour énerver comme l’essoreuse d’une machine à laver et tentative d’écrire ce qu’il faut bien appeler une histoire, celle d’un enfermement multiforme et de l’échec des substances miracles pour y remédier.

Il est donc conçu pour être lu intégralement à haute voix pour éprouver la rencontre des nouvelles tentacules (la télé, l’argent, les marchandises…) et des tubercules qui poussent,énervent, témoignent de dislocations.

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ARTICLE > Sylvain Courtoux nous parle de « Black Box » de Xavier Serrano

Le:2 mars 2013 , 15:22

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Il n’y a pas beaucoup de poète (et je prends le sens de ce terme au plus large : les poètes sont le laboratoire de recherche expérimental de la littérature) qui prenne autant la Science-Fiction comme un sacerdoce que Xavier Serrano. Et, pour moi comme pour lui, dans les années 70, une partie de la S-F était ce laboratoire expérimental de la fiction. Qu’on pense à la Foire aux atrocités de Ballard, à Substance Mort de Philip K.Dick, à Abattoir 5 de Kurt Vonnegut Jr, au Livre/Machine de Philip Goy, à Génocide de Thomas Disch, aux nouvelles d’Harlan Ellison, au Empire of the Senseless de Kathy Acker (inédit en frenchy), à William Burroughs (toute son oeuvre ?), aux recherches sous perfusion « nouveau-roman » (Barefoot In The Head — toujours non traduit en français) de Brian Aldiss, aux premiers romans (début années 80) d’Antoine Volodine, à la « Tétralogie Noire » de John Brunner (Tous à Zamzibar2 !), à la poésie noire post-punk technologique et anti-capitaliste des William Gibson, Greg Bear, Bruce Sterling, Lewis Shiner (Fugues, magnifique), bref, y’a de quoi faire ! Et je ne connais pas tout.

Aujourd’hui il y a encore beaucoup de mépris pour ce genre aux multiples facettes, qu’on lui reproche son côté roman de gare, sa pauvreté stylistique et formelle, son goût pour les élucubrations scientifiques impossibles, sa trop grande proximité avec les industries culturelles de masse (on pourrait dire la même chose du rock) et cette défiance, croyez-moi, elle vient aussi pas mal des poètes eux-mêmes, sûrs de leur piédestal triomphant dans le champ littéraire face à ces sous-cultures pop’. Bien sûr, il y a aussi quelques poètes expérimentaux d’aujourd’hui qui se sentent ancrés dans cette sous-culture, Jérôme Bertin (Round 99), Emmanuel Rabu (Futur-Fleuve), Benoit Ritt (Nation), Christophe Fiat (Bienvenus à Sex-Pol), Guillaume Lebrun (Prototype 876437 1-A), Jacques Sivan (Des vies sur Deuil Polaire), et, sans aucun doute, Xavier Serrano et son Black-Box.

courtoux

 

Surtout que Xavier Serrano est très conscients de ses buts et des effets qu’il recherche (parsemant son texte, que ce soit dans le nom des alias des personnages etc, de références à ses grands romans ou de grands films de

la SF qui l’ont hanté). L’histoire (rapide) : dans un futur proche (environ XXIIe siècle) un laboratoire expérimente une nouvelle molécule qui fait que l’on peut contrôler dorénavant ses rêves, et ce laboratoire met à disposition, dans le cyberespace, un forum où les « cobayes » peuvent raconter leurs expériences. Le livre est le verbatim séquentiel de ce forum (une boîte noire textuelle). Et c’est là où on s’éloigne un peu du roman de SF conventionnel (de fait, une très grande majorité de ce qui se publie aujourd’hui sous ce nom n’a pas beaucoup d’intérêt) car les différents textes des participants (Billy Pilgim, Joe Miller, Guy Montag, Jerry Cornelius, …) sont chacun à leurs façons des « leçons » d’écriture. Et tout y passe. D’oniriques saisies post-surréalistes, à des jeux de mots calembouristiques (que n’auraient pas renié un Verheggen), en passant par des séquences plus formalistes, des prosodies hyper-rythmiques, des listes éclatées & polyphoniques, des manifestes pop terratologiques, des rêveries post-ballardiennes en mode reptation pulsiomatiques. Chaque situation est l’occasion de mettre en scène l’écrivain qui est dans chaque recoin du forum & des forumers. C’est là où ce livre est puissamment expérimentaliste (ce même s’il ne sacrifie jamais l' »intrigue », s’il ne se sacrifie jamais à l' »intrigue »). Là où il dépasse la seule question de la S-F. Là où il est puissamment post-générique, post-moderne, en un mot : post-poétique.

1 Dont le tel-quélien Pierre Rottenberg, dans un petit texte, K.N., chez Orange Export Ltd (1977), reprend l’une des figures: Karen Novotny.

2 Qui a été traduit par Didier Pemerle, poète que l’on retrouve dans l’anthologie Change Monstre Poésie de 1975 (Change, Seghers-Laffont).

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ENTRETIEN > Sur l’édition, pour Qui-vive…

Le:2 mars 2013 , 15:12

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Fragment d’un entretien en cours…

Questions posées à Laurent Cauwet par François Nicolas et Rudolf Di Stefano, organisateurs de la séance Qui-vive (forme de revue parlée) – séance qui a eu lieu le 28 février 2013, au cinéma le 104, à Pantin.

 

Q - Que signifie pour vous être éditeur aujourd’hui ? Que guette-t-on ? Comment décèle-t-on une possibilité encore inapparente ?

R – Juste – juste – prendre la mesure du présent. Par l’écoute attentive du monde. Par l’écoute de ses langues restituées et/ou réinventées. « Nous partons d’un postulat : le monde entier peut être lu ; en vertu de ce postulat, au lieu de penser et traduire le monde nous le restituons », disait Julien Blaine en 1969.

 

Q - S’affronte-t-on à des projets qui semblent impossibles à mener ou à réussir ? Est-on ainsi amené à « forcer » des portes, à « passer en force » pour imposer ce qui semble de prime abord sans issue ?

R - Impossible est un mot que je n’utilise jamais. Impossible doit rester impossible. C’est un mot inventé pour travailler la séparation des gens entre eux.

À impossible, je préfère substituer le mot difficile. Car difficile signifie possible. Et possible se joue toujours au pluriel.

« On » ne force pas de portes. « On » fait ce qu’on a à faire. Si des forces se construisent contre, si des portes se referment contre, alors il est toujours intéressant de réfléchir pourquoi, et il est toujours temps de vivre, donc de réagir en conséquence.

 

Blaine-bibliothequeDelbo

Julien Blaine

 

Q - Plus spécifiquement en matière d’édition de poésie, comment se fait la détection ? Simplement à partir de ce qui vous arrive ? Y a-t-il aussi à aller chercher, à susciter, voire à commander ?

R - Il en est de la découverte des textes comme de la rencontre des gens. Les textes sont des expériences, comme les gens. Donc pas de recettes. Pas de schéma idéal. Surtout pas.

À ce propos, une précision : la poésie est un schéma. Je ne suis donc pas éditeur-de-poésie. Même si je revendique l’espace poétique.

 

Q - Si tri il y a dans les envois faits à la maison d’édition, quels types de risque vous semble-t-il nécessaire de courir, quels autres types de risques vous semble-t-il préférable de récuser ?

R - Je ne trie pas… Je lis. Lorsque je pense qu’il peut être intéressant de commencer une discussion avec un auteur – discussion qui, en général, est ponctuée par un ou des gestes éditoriaux –, ce qui préside à ce geste, n’est pas le calcul des risques, mais le désir sans calcul…

 

Q - Concernant la poésie proprement dite, le qui-vive porte-t-il simplement sur des auteurs, des poètes donc, ou porte-t-il aussi sur des courants, voire des écoles ?

R - L’attention porte sur des paroles singulières – qui, si elles participent de cet espace poétique que je revendiquais tout à l’heure, ne sont pas forcément identifiables comme poésie ; sur des écritures qui, par leur dimension critique, peuvent être appréhendées comme de nouveaux outils réflexifs.

Pour moi, les notions de « courant » ou « d’école » n’existent pas au présent – autrement qu’imposées, pour des raisons marchandes ou des raisons de pouvoir, par des journalistes, des éditeurs, ou des universitaires.

 

Q - Avez-vous des critères formulables pour énoncer ce qui selon vous fait une poésie « vivante » ? Cherchez-vous des textes en percée, et alors sur quoi ? Des poèmes en continuation apparente plutôt qu’en percée manifeste peuvent-ils aussi relever pour vous d’un qui-vive ? Appréciez-vous la vitalité de la poésie simplement à ses singularités (aux noms séparés des poètes qui pour vous comptent) ou aussi à des régularités (si ce n’est à des écoles, du moins à des constellations de poètes, ou à des tendances) ?

R - D’ici, c’est-à-dire de là où je parle, je ne cherche rien. Je veux dire : je vis ma situation au monde, je fais au moins pire mon métier de vivre, cela demande un travail de mise à jour constante des données que m’envoie le monde, ce travail est un plein temps et c’est le seul que j’accepte volontiers car ce n’est pas un travail mais une pratique, et c’est une pratique qui me lie aux gens. Je veux dire que, de là où je suis et de là où je parle, c’est la seule pratique humainement viable que je me suis inventée pour me lier heureusement aux gens. Lire m’aide à fabriquer les outils me permettant ce travail de mise à jour, publier m’ouvre ce dialogue nécessaire avec les gens. Car, et c’est important, tous les gens, qu’ils lisent ou ne lisent pas, sont des lecteurs.

À partir de là, je pars toujours du principe que ce que j’ai besoin de lire ne peut qu’exister. Et si j’en ai besoin je ne peux pas être le seul à en avoir besoin. Et si nous sommes un certain nombre à avoir un besoin (quelque soit le nombre : deux est déjà un chiffre appréciable) pour que l’échange soit plus précis, plus juste et plus vivant, alors c’est que ça existe.

Le geste de publier, c’est la mise à disposition de cette parole, afin qu’elle ne soit plus absente – si elle n’existe pas encore dans nos bibliothèques. C’est combler ce manque qui peut rendre possible autrement la compréhension de notre quotidien. C’est une condition sine qua non pour que l’échange avec l’autre, c’est-à-dire le monde, ait lieu.

Si je ne m’intéresse guère aux notions d’école et de mouvement, je suis beaucoup plus sensible à celle, plus intéressante me semble-t-il, de constellation. Car les points qui lient les auteurs (connivences, proximités, conjonctions généalogiques, parentés formelles, mais également disjonctions, heurts, rivalités) sont autant de points de liaisons qui dessinent cette constellation mouvante.

Et cette constellation, c’est, en quelque sorte, la carte d’une fière offensive contre la bêtise. L’alliance du sensible et de l’intelligence contre la barbarie. Le laboratoire où s’inventent les paroles non encore apprivoisées, celles qui nous permettent de réfléchir autrement notre présent.

C’est également les limites fluctuantes d’un espace essentiel, celui d’un présent de la pensée en mouvement, celui d’un débat ouvert entre auteurs, où les lecteurs sont conviés à participer.

 

Q - Comment pour toi se pose la question du présent ? Éditer de la poésie te semble-t-il la forme appropriée pour faire face ?

R – En urgence et parce que je vis dehors, toujours dehors : nous sommes en guerre sociale. Lorsqu’on me parle de présent c’est toujours la première réponse qui me vient. Cela n’a rien d’inédit. Simplement cette guerre est d’une violence renouvelée.

Chacun de mes gestes s’inscrit donc dans cette réalité.

La pratique de l’édition est l’une des façons de prendre parti.

Certainement pas la plus spectaculaire, certes.

Mais encore une fois, l’importance d’un geste ne se mesure pas à sa spectacularité.

Et je ne vois aucune autre perspective que ce que j’ai à faire et que ce que j’ai envie de faire.

 

Q - Comment articules-tu la question poétique et la question politique ? Les vois-tu travailler ensemble ou plutôt en parallèle, ou… ?

R - Je cite Sylvain Lazarus :

Je vais ici parler en mon nom. L’auteur de ce livre est un militant. C’est un ouvrage sur la politique dont l’enjeu est de penser la politique à partir d’elle-même. Ma thèse est qu’elle relève d’une pensée propre, singulière en chaque séquence. Car, selon moi, la politique n’est pas de tout temps et en tous lieux, elle est rare, elle est séquencielle – elle commence et elle cesse : il y a des modes historiques de la politique. Durant une séquence la politique invente ses propres catégories, lesquelles entrent en péremption quand la séquence s’achève.

Je cite Stéphane Nowak Papantoniou :

ça a commencé ça a pas encore commencé

ça a déjà commencé alors que pas encore commandé

c’est commandé pas commandé pas encore commandé

c’est dessus c’est dessous c’est sans peine

c’est dans l’ombre pas dans l’ombre pénombre

recommandé

c’est un recommandé à trouver

un accusé de réception oui

voilà ça a commencé par un accusé de réception

ça a commencé par un récipissé

une accusation

dont on n’a pas trouvé l’intitulé

c’est en train de commencer

ça a commencé par une pomme

et puis après un moignon

et juste après un trognon.

Il s’agit, pour le premier, des premières ligne du 4e de couverture de son livre : L’Intelligence de la politique.

Il s’agit, pour le second, du 4e de couverture de son livre : Tuberculaires et Tentaculeux. Précision : dans les deux cas, ces 4e de couverture sont écrits par les auteurs eux-mêmes.

Je cite ces deux auteurs, parce que j’ai travaillé ces deux livres au même moment. L’un est sorti ce moi-ci (c’est-à-dire aujourd’hui, en février), l’autre sortira le mois prochain (c’est-à-dire demain, en mars).

Lecteur, j’ai besoin de la pensée d’un Sylvain Lazarus, qui m’aide à repenser les catégories politiques et à comprendre la notion de subjectivité en politique. Et j’ai besoin de la réinvention de la langue d’un Stéphane Nowak Papantoniou, qui m’aide à être vigilant quant aux mutations de la langue et sensible à ses possibles. J’ai besoin des deux pour forger mes propres outils de pensée. C’est un peu ce qui se joue dans la revue Attaques, où se côtoient des textes poétiques de Manuel Joseph, Jann-Marc Rouillan, Amandine André, Jérôme Bertin ou Sylvain Courtoux, des textes philosophiques d’Alexandre Costanzo, Alain brossat ou Bernard Aspe, des textes réflexifs de Pierre Chopinaud, Faraj Bayrakdar, Catherine Hass ou Mustapha Benfodil, des interventions de plasticiens comme jean-Luc Moulène et Éric madeleine, etc.

« Quand tout se modifie, comment nous serait-il possible d’exprimer ces modifications avec un langage inchangé ? » disait Julien Blaine… en 1968.

Quant aux liens entre politique et poétique, pour conclure la-dessus, je me souviens d’une phrase d’Oscarine Bosquet, prononcée lors d’un mini-débat à La ciotat sur le sujet : « on ne peut pas être juste si on n’ancre pas le politique dans l’intime ».

 

Manuel-Joseph

 

Q - Comment penses-tu ton travail d’éditeur ? Tu m’avais parlé de la façon que tu avais eu de travailler avec Tarkos sur Oui (paru en 1996), où le livre se faisait encore au moment de préparer les fichiers pour l’imprimeur, au point que le résultat n’avait plus grand chose à voir avec le manuscrit de départ. Travailles-tu encore comme ça avec les auteurs ? Comment conçois-tu ton travail d’éditeur ? Où se trouve l’invention ?

R – Je vais te raconter une autre anecdote : un jour, une auteure, Laurence Denimal, a voulu que la séquence de la fabrication de son livre soit dans le texte que je devais publier. Il fallait pour cela le vivre. Nous avons donc été ensemble chez l’imprimeur et, pendant que la machine offset imprimait les pages intérieures de son livre, elle a pris des notes, emprunté un ordinateur sur place, et finit son récit directement dans la maquette de la 4e de couv du livre, avec les ouvriers de l’imprimerie autour d’elle qui lui posaient des questions sur son écriture. Le point final du récit a été posé alors que le livre était déjà imprimé, et que le photograveur attendait les fichiers pour fabriquer les plaques offset de la couverture !

j’essaie dans la mesure du possible de plier la lourdeur et la lenteur d’une aventure éditoriale pour qu’elle colle le plus possible au présent. C’est ainsi par exemple avec Julien Blaine, pour qui un geste éditoriale doit suivre au plus prêt l’évolution de son chantier poétique, c’est à dire de sa parole ; il en a été également ainsi avec Christophe Fiat (notamment pour son roman La reconstition historique, dont la publication c’est fait dans un état d’extrême urgence, expérience à la fois terrible et savoureuse – urgence qui a compté, à mon sens positivement, tant dans l’écriture que dans la facture du livre).

Il y a autant de façon de travailler que d’auteurs. Je dirai même qu’il y a autant de façons de travailler que de textes (puisque « travailler » avec un(e) auteur(e) sur son texte est une autre façon de le lire). Comme il y a autant de relations possibles à inventer que de gens à rencontrer. À chaque fois, ce qu’il y a à inventer, c’est l’invention.

 

Q - Tu donnes le sentiment d’être un découvreur, tu édites de jeunes poètes qui démarrent, certains ont rencontré une certaine notoriété, certains d’entres eux ont décidé de rejoindre des éditeurs « aux reins solides ». Dans quelle disposition dois-tu être pour te rendre disponible à l’inconnu, à ce qui n’a pas encore été vu, à ce qui commence ?

R - Je pars du principe que l’expérience désapprend – amène à une certaine nudité, ou disponibilité, comme on veut. Et c’est en cela que l’expérience est vitale. Il en est de même avec l’écriture. De la relation à l’écriture. Plus on lit, plus on devient sensible à ce qui émarge des formalismes – de tous les formalismes, même – et surtout – ceux qui se revendiquent des avant-gardes.

Ce qui m’intéresse se sont les failles, les trouées, les aspérités par où passent l’indocilité du langage. Ce que j’appelle les zones d’inconfort. Ce sont autant de brèches par où la pensée peut s’exprimer d’une façon débridée, audacieuse, inédite – voire malhabile, qu’importe. Ça se vit avec des auteur(e)s qui sont dans le même élan, quelque soit leur notoriété. Comme disait Saint-Just, « je pense que nous devons être exaltés ».

(Ceci dit, je ne connais aucun éditeur digne de ce nom qui ait les reins solides aujourd’hui…).

 

Q - Tu es aussi sur la brèche d’un point de vue économique, toujours à deux doigts que cela ne puisse plus exister, que cela s’arrête. Est-ce pour toi une condition de travail ? Une nécessité ? Une contrainte ?

R - Rien de tout cela. Encore une fois, il y a trois façons de pratiquer l’édition :

1/ comme un hobby. On fait les livres que l’on aime. On imprime peu, et on diffuse dans un espace restreint de lecteurs fidèles et repérés. Avec la sécurité matérielle offerte par ailleurs – enfin quand tout va bien. C’est en général le schéma adopté dans ce qu’on appelle la petite ou la micro-édition. Cet espace éditorial est extrêmement important, il permet à des textes non formatés pour l’édition classique d’exister malgré tout. Al Dante doit énormément à cet espace-là.

2/ Comme un travail. Alors la dimension économique est important. L’éditeur se doit de lier, d’une façon ou d’une autre, production livresque et rentabilité. Ce qu’on appelle communément un « bon éditeur » est celui qui arrive à trouver les stratégies permettant d’imposer ce qui serait un équilibre entre qualité éditoriale et marge bénéficiaire. Ça reste pour moi un mystère.

3/ comme une pratique. On travaille avant tout l’espace éditorial, en décidant que la dimension économique ne doit pas plier cet espace. Ce qui signifie accepter d’être dans une aberration économique complète. Dans ce qu’on appelle l’édition de création (c’est en général dans cette catégorie qu’on range Al Dante), difficile d’imaginer d’agir autrement, puisqu’il n’y a pas de lectorat défini.

Mais l’insécurité n’est jamais un choix. À l’extrême limite, on peut décider de s’en foutre, en dernier ressort, lorsqu’il ne semble plus y avoir d’autre solution. Sur un mur, (les murs restent le plus beau des manuscrits, et le seul trop indomptable pour être publié), j’ai lu : L’économie est malade ? Qu’elle crêve… Je suis d’accord.

 

Q - Tu me disais que tu gardes peu de stock, les livres passés sont passés, tu donnes le sentiment de ne pas t’inquiéter du chemin parcouru, ton catalogue passé, est-ce pour toi une façon de garder du courage et prendre des risques ?

R - J’ai un réel attachement pour ce qui a déjà été publié, cela fait partie intégrante de mon parcours, chaque livre (ou presque) étant une page de l’histoire d’Al Dante, histoire qui peut se retrouver dans ce qui se publie aujourd’hui. Il y a autant de liens entre les livres publiés ce mois-ci, qu’entre les livres d’aujourd’hui et d’hier et encore d’avant.

Je pars du principe que le sens d’un livre prend de l’ampleur et gagne en précision au contact d’un autre livre, que la contemporanéité d’un texte est renouvelé grâce à sa relecture à l’aune de nouveaux textes.

Par contre effectivement je ne garde rien. Sauf à de très rares exceptions, lorsque le livre est imprimé je jette les manuscrits, ne garde pas les étapes successives du travail et me débarrasse des jeux d’épreuves. Il ne faut pas compter sur moi pour nourrir les recherches des adeptes de la critique génétique !

Quant aux livres, si je pouvais faire en sorte que tous jusqu’au dernier soit en circulation…

Récemment, j’ai envoyé à une lectrice attentive mon exemplaire de travail de L’ABC de la barbarie de Jacques-Henri Michot (livre publié en 1998, et que nous allons rééditer en 2013). Je ne pouvais le vendre, car trop abîmé ! Ce geste de mise en circulation du dernier ABC a été un grand moment de joie pour moi.

Et puis il importe d’être le plus léger possible. Avec le minimum de bagage. Posséder le moins possible. Rien est le mieux. Ne pas être encombré. Pour être le plus disponible à ce qui peut arriver…

 

Stéphane Nowak Papantiniou. (Limoges, 2011)

Stéphane Nowak Papantoniou.
(Manifesten, Limoges, 2011)

 

Q - Tu édites aussi certains textes qui ne sont pas exactement de la production contemporaine (l’oeuvre de Raoul Haussmann

R - Je ne crois pas que la contemporanéité d’un geste poétique soit contingent de sa date de conception. Alors que tout le monde aujourd’hui parle de poésie sonore, je ne connaîs pas beaucoup de réalisation qui arrive à la modernité d’un Carrefour de la Chaussée d’Antin ou d’un Couper n’est pas jouer, pour ne citer que ces deux pièces sonores de Bernard Heidsieck. De même, alors qu’il y a une mode émergente aujourd’hui des jeux typographiques en tout genre, essayez de trouver des gestes poétiques qui allient à ce point la simplicité et la complexité de la poésie concrète des frères de Campos (qu’il s’agisse d’Haroldo ou d’Augusto), où l’extrême rigueur de l’écriture permet une multiplication des champs sémantiques qu’on ne trouve que très rarement dans la production poétique actuelle, qui pourtant se revendique de la poésie visuelle – mais trop souvent s’apparente, hélas, à de simples ruses d’apprentis publicistes !

Ceci dit, il m’est arrivé (mais rarement) de faire quelques incursions dans le patrimoine littéraire, simplement parce qu’il manquait quelques outils dans nos bibliothèques. C’est ainsi que j’ai publié De la créatique d’Isidore Isou. Car c’était le chaînon manquant pour mieux comprendre le lettrisme. Ou l’anthologie de la Beat Generation, car je me rendais compte que, malgré la profusion des gestes créatifs basé sur la notion de collage ou de montage, presque personne ne savait que le cut-up a été inventé par Brion Gysin…

Mais effectivement, cela a priori n’est pas mon boulot.

Ou alors – et là ça redevient mon aventure – il y a également le cas de figure où un jeune auteur s’empare d’un texte du patrimoine littéraire et arrive à le faire parler autrement, à lui donner une lecture nouvelle qui en révèle toute la modernité insoupçonnée. Il en est ainsi de l’excellent travail de colorisation (et d’appareillage critique) des Nouvelles Impressions d’Afrique de Raymond Roussel par Jacques Sivant

 

Q - Dans la note de l’éditeur du livre Calligrammes & compagnie, etc., tu écris qu’avec ces gestes poétiques singuliers : « nous ne sommes plus dans un musée, ni dans un livre, mais dans un atelier, le poète et le lecteur étant du même côté de l’établi ». Il me semble que ton travail ressemble à cette place que tu assignes au lecteur. Alors poète, lecteur, éditeur : tous établis ?

R - Cette note termine un ouvrage particulier, qui est une anthologie de poésie visuelle typographique (où les frères de Campos ont une place importante, d’ailleurs). Cette ouvrage regroupe des gestes poétiques de 1905 à 2010 (date de publication du livre), de toutes les nationalités. Effectivement nous sommes dans une poésie non linéaire, mais qui se lit comme un paysage, et où le lecteur doit faire l’effort de lier tous les éléments comme on lie entre eux des indices, afin d’en dégager les sens souvent multiples.

Mais oui, Je pense qu’il y a un espace où le lecteur actif et l’auteur se rejoignent – puisque c’est le lecteur qui fait l’auteur.

On peut dire, pourquoi pas, que nous sommes tous autour de l’établi, car il faut des outils pour fabriquer des outils. Là aussi lecteurs et auteurs se rejoignent.

Effectivement, soyons tous des établis. Dans le sens où il est important de ne jamais être là où on nous dit d’être, et de prendre sa place ici où on ne nous veut pas ; et d’être, toujours, les trublions qui empêchons de penser en rond, afin :

- de saboter les machines d’enfermement qu’on nous propose – et que sont la plupart des gestes artistiques produits pour nourrir cette culture du confort qui nous est imposée – qu’il s’agisse de cette culture de masse visant à détruire toute

invention populaire, ou encore cette culture pseudo-élitiste imposée par une classe moyenne, qui trouve dans cet espace créé de toute pièce hors du monde un moyen d’exercer son pouvoir ;

- de bricoler nos propres bibliothèques mentales, de celles qui visent non pas à consolider des pouvoirs, encore moins à les remplacer par d’autres pouvoirs, mais à les détruire systématiquement, minutieusement, joyeusement.


A cette séance, ont participé : Rudolf Di Stefano, François Nicolas, Eytan Grossfeld, Céline Rallet, Laurent Cauwet, Pierre linguanotto, Stéphane Nowak Papantoniou.

Des extraits d’une enquête auprès des jeunes des quartiers populaires ont été lus, et des extraits de They Live by Night de Nicolas Ray ont été projetés.

Ce soir-là, une première version racourcie de cet entretien à été lue en public par Céline Rallet.

Julien Blaine, in Blaine au Mac, un tri (Al Dante, 2009)

Attaques, revue des éditions Al Dante. Numéro 1 paru en novembre 2012. Avec, au sommaire : Amandine André – Bernard Aspe – Édith Azam – Faraj Bayrakdar – Mustapha Benfodil – Jérôme Bertin – Julien Blaine – Alain Brossat – Pierre Chopinaud – Alexandre Constanzo – Sylvain Courtoux – Antoine Dufeu – Riad Gahmi – Manuel Joseph – Catherine Hass – Éric Madeleine – Jean-Luc Moulène – Stéphane Nowak Papantoniou – Charles Pennequin – Jann-Marc Rouillan – Jacques Sivan – Philippe Vincent.

Laurence Denimal : Joubor (Al Dante, 2006)

Raoul Hausmann, Une anthologie poétique, précédé

Anthologie d’augusto de Camps (traduction et présentation de Jacque Donguy, 2003) : et Anthologie d’Haroldo de Campos (traduction et présentation d’Inès Oseki-Depré, Al Dante, 2006).

Le carrefour de la Chausée d’Antin (livre + 2 cd, Al Dante, 2001).

Couper n’estpas jouer (livre + cd, Al Dante, 2005)

La Créatique ou la Novatique (1941-1976), d’Isou Isou (plus de 1500 pages ! Al Dante, 2003).

Anthologie de la beat generation présentée par Gérard-george Lemaire (Al Dante, 2004)

Nouvelles Impressions d’Afrique de Raymond Roussel, Postface et mise en couleur de jacques Sivan (Al Dante, 2004)

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