À propos de Tentaculeux et tuberculaire, Stéphane Nowak papantoniou répond à quelques questions…

Le livre Tentaculeux & tuberculaires c’est plusieurs choses.

 

On peut le lire comme un récit : un homme rentre chez lui et est pris d’une suffocation, d’un sentiment de strangulation devant l’aspect policé et policier des espaces publics, en entendant des proclamation répétées sur la réduction des possibles et de l’imaginaire.

On peut le lire comme des boucles poétiques avec inextricablement mêlés : des sensations autobiographiques d’enfermements et d’indigestion de la langue majeure, des « monologues extérieurs » produisant des espèces de personnages expiatoires.

Il y a donc plusieurs questions travaillées :

- l’enfermement et la fuite, autrement dits « labyrinthes et issues de secours », décrire la prison intérieure et extérieure, et se faire la belle

- la disparition visible de l’industrie et des ouvriers mais pas du discours progressiste de croissance

- une critique de la novlangue des initiales et acronymes au profit d’interrogations sur les possibilités d’extension par des prépositions

Comment j’ai procédé

À la base il

y a un amas d’environ 400 textes initialement écrits entre 2004 et 2012 que j’ai relus pour en extraire une forme à deux têtes

- les textes tentacules qui sont des récits d’enfermements (bulle, tube, dettes, stock exchange, plan de campagne commerciale) : la télé, l’argent, la vitrine…

- les textes tubercules qui sont des proliférations de discours marquées par des boucles, des changements de rythme et de propos (traitant des mouvements de la pensée et de l’opinion, du progrès, du mariage et de la viande de bœuf, de l’hôpital, des relations sociales, de l’écriture…)

Autrement dit, il n’y a pas une idée puis un livre (en ce sens il antiformaliste), il y a un livre d’où émerge une forme déclinée (et en ce sens il est très formaliste).

Voilà pourquoi je l’ai appelé ommatostrephe, le nom d’un animal céphalopode, c’est à dire avec des pieds sur la tête donc selon moi qui pense avec ses pieds, ce qui va très bien avec la genèse itinérante des textes.

Le titre même Tentaculeux et tuberculaires est un brouillage volontaire et « erroriste » de la qualité des adjectifs en travaillant à une complication du rapport actif/passif qui leur est assigné. Puisque le livre parle de ça, de ce qui est actif et de ce qui est passif dans le sentiment d’enfermement.

La plupart des textes ont été lus à haute voix lors de différentes manifestations et retravaillés dans un souci d’efficacité rythmique et sonore.

Ils témoignent d’une perception de renforcement des puissances d’enfermements ainsi que des tentatives de fuite tous azimuts.

A la fois textes scandés et répétitifs pour énerver comme l’essoreuse d’une machine à laver et tentative d’écrire ce qu’il faut bien appeler une histoire, celle d’un enfermement multiforme et de l’échec des substances miracles pour y remédier.

Il est donc conçu pour être lu intégralement à haute voix pour éprouver la rencontre des nouvelles tentacules (la télé, l’argent, les marchandises…) et des tubercules qui poussent,énervent, témoignent de dislocations.