Blackbox

Xavier Serrano
Black BoxBlack Box ou la Text-Machine

Une Black Box est un logiciel ou un instrument dont les rouages, le mode de fonctionnement demeurent inconnus pour ses utilisateurs. Tel un générateur textuel aux algorithmes insondables, Black Box peut donc se lire comme un « output », résultat d’une expérience étrange, dont la portée et les objectifs restent opaques.

Black Box constitue un parcours de lecture potentiel.
Aux commandes, Voight-Kampff le désoeuvré vous mène en bateau sur des flux de pensées. Il sonde, explore, accomode la matière textuelle préservée dans les arcanes de sa text-machine. C’est par lui, voire malgré lui, que le texte prend tournure et s’élabore, brique à brique comme un tétris épileptique.

Black Box fonctionne à la manière d’une chambre d’écho.
Inutile de vouloir identifier les narrateurs. Les voix qui se croisent ici, au coeur du bunker virtuel, ne cherchent pas à dire mais à taire. Elles se mêlent pour mieux fausser compagnie et guider vos pas vers des culs-de-sac ou des fausses-pistes. Les sons qui se répondent, parlent, dans une langue vaguement familière, de mondes en fusion et de vies qui se brisent. Cette sombre polyphonie, orchestrée par V-K, se joue des codes et des registres, elle invente au fil des pages ses propres instruments et donne à voir l’indicible.

Black Box se compose de trous blancs.
Des creux, des vides, des absences ou des ellipses dans lesquels s’insère l’imaginaire de cet homme le sus-nommé Voight-Kampff. Lui, le désoeuvré se faufile entre les mots, il a dix fois vaincu traversé les miroirs, à la recherche d’un ailleurs. D’autres, avant lui traquaient les baleines blanches. Lui, au contraire, vit dans le ventre du cétacé, ermite fouisseur en quête de sang, de chair et de destins post-humains.

Black Box se déroule dans une zone à risque
Aux frontières du plausible, aux confins de l’inconscience-fiction, cet objet non-identifié se dérobe. Tour à tour jouant l’accumulation ou l’effacement, le texte est en constante mutation. Structuré en brefs chapitres, les mots s’attirent ou s’excluent, ils s’agrègent out se détachent, imposant une lecture chaotique au gré de courants de conscience hétérogènes, au gré de leitmotivs lancinants. A force de lire entre les lignes, de creuser cette terra incognita, le regard s’épuise et Voight-Kampff multiplie les hypothèses. Sous lui s’ouvre un maelström de possibilités qui l’emporte toujours plus avant vers les bas-fonds de la raison. Quand le récit -le récit (?)- s’achève nous ne serons pas plus avancés. Lui non plus dont nous ne connaîtrons jamais le nom. Ni la destinée.

Black Box cultive le piratage.
Seul maître à bord, celui que nous ne nommerons plus se livre à un vaste collage, cultivant la collision frontale et le dérapage incontrôlé. Ce qui en résulte pourrait se lire comme un immense crash-test spatio-temporel. Il nous dit tout et son contraire. Il nous parle d’ici et d’au-delà. La confusion règne sous les lampes chirurgicales. Avec un sens aigu de l’ubiquité, les voix ne cessent d’émettre, de répéter et résonnent un peu partout dans ce labyrinthe. Les emprunts, les citations, si nombreux qui parasitent ces pages, nous rappellent que ces hommes, ces femmes avaient des souvenirs rouillés plein la tête et dans le sang des stimulants chimiques.

Black Box ne donne aucune clé.
Si vous aimé Stalker, si vous avez aimé Abattoir-5, si vous avez aimé 1984, si vous avez aimé Blade Runner, si vous aimé A scanner Darkly, si vous avez aimé Farenheit 451, si vous avez aimé L’Homme invisible, si vous avez aimé 2001 l’Odyssée de l’espace, vous allez forcément détester Black Box.

ISBN : 978-2-84761-800-6
248 pages | 13 X 17 cm | 20€